paroles de détenus: question de liens

15 déc

 

Paroles de détenus «  le lien »

 

Chaque semaine, nous allons a la rencontre des détenus de la maison d’arrêt 2 du centre pénitentiaire de Riom, dans le cadre de nos ateliers d’éducation aux médias. Chaque semaine, nous choisissons un thème sur lequel nous travaillons.

Nos textes écrits à plusieurs mains, sont anonymes.

Cette semaine, la question du lien.

 

« En prison, tu as trois sortes de lien, celui avec les détenus, celui avec les surveillants, et celui avec l’extérieur. Chacun de ses liens est fragile. Il faut que tu fasses attention, vis-à-vis des autres détenus, à ne pas être trop proches d'eux. Tu ne peux pas non plus être amis avec n’importe quel détenu ou n'importe quel surveillant. Nous avons de l’estime pourtant pour certains gardiens. Il y en a même à qui je peux serrer la main. Mais le lien avec l’extérieur est le plus important, nous n’avons de rapport qu’avec peu de gens en prison, mais voir sa copine trois fois par semaine ou sa mère une fois par semaine, nous permet de ne pas sombrer. Pour une raison très simple : ces gens-là nous permettent de rester nous-mêmes. Eux savent d’où tu viens, qui tu es, grâce à eux, tu te souviens de tes valeurs, de ton éducation…C’est grâce à ça que tu ne sombres pas..

Et puis, en prison, il y a une chose agréable, c’est le lien de l’écrit. A l’extérieur, je n’écrivais aucune lettre, aucune carte. Ici, nous écrivons à nos enfants, nos femmes et nos parents. Nous écrivons des « je t’aime » que nous n’avions jamais osé murmurer jusque là. Dehors, on voyait le numéro de nos parents s’afficher sur nos téléphones et on disait : « encore ma mère » Ici, tu donnerais cher pour décrocher son appel. Ici, tu apprends le manque, tu apprends à le dompter, tu apprends à en souffrir le moins possible pour ne pas te laisser crever. Et en même temps, la prison, c’est le seul lieu je crois dans lequel tu peux faire le tri, ceux qui restent, ceux qui t’aident à traverser ce désert. Mais parfois, en parloir, ce lien extérieur est essentiel, il nous permet d’évacuer nos idées noires, nos envies de tout casser. Car, en prison, tu ne te fais pas d’amis, tu évites juste de te faire des ennemis.

Notre lien avec les surveillants est compliqué, ils appliquent chacun leurs règles, parce qu’ils n’ont pas les consignes. Par exemple, certains te laissent aller en salle de musculation si elle est vide, d’autres te diront que même si elle est vide, il faut attendre ton jour d’inscription. Mais, il faut être clair, le traitement des détenus joue sur notre moral. Un surveillant qui te fait un sourire, ça te redonne du souffle…En fait, tu peux avoir tout le confort du monde en prison, si le lien avec les autres n’est pas bon, tu passes une mauvaise détention.

La prison nous permet ceci, de nous adonner à notre sport préféré : la réflexion. Il ne faut pas trop penser sinon tu finis par te pendre en cellule. Mais malgré tout, on avance dans le silence et le vide. Mais il ne faut pas se leurrer, on a le déclic quand on sort, le «  plus jamais » mais tout nous rattrape dehors. Avant, dans une société qui choyait un peu ses citoyens, on aurait pu avoir envie de s’en sortir, mais là, dès notre sortie, on sait qu’on est vaincus. Pas de réinsertion possible avec un passé de détenus. En gros, ici, tu fais ta peine, mais en vrai tu es condamné à perpet… »