Il faudra que je prévienne les filles...

Publié le 02 nov 2017 dans Edito

Il ne faudra pas que j'oublie de prévenir les filles...Qu'elles sont des filles. Qu'elles flipperont à chaque fois, avant de faire leur jogging. Elles se diront pourvu que je ne croise pas un pervers sur mon chemin, pourvu que je revienne vivante, pourvu que la vie continue après mes quelques kilomètres en baskets. Si j'avais eu un garçon, je n'aurai rien dit, il serait parti quand il voulait, le temps qu'il voulait. Mais quand on est une fille, il faut prévenir de son parcours et de sa durée, on ne sait jamais. En France, quand on est une fille, on peut mourir partout et pour rien. 

Il ne faudra pas que j'oublie de dire aux filles qu'elles sont des filles. Des être humains, belles et sincères, avec leurs failles et leurs mystères, mais qu'on ne leur épargnera rien, ni une jupe trop courte, ni un maquillage trop prononcé. Il ne faudra pas qu'elles fassent putes mais pas trop prudes non plus. Il ne faudra pas qu'elles aiment trop l'amour mais qu'elles l'aiment un peu quand même. Il faudra qu'elles apprennent à aimer proprement sans infidélité, coups de coeur annexes, un peu dévouées quand même, bonnes cuisinières, bien gaulées, amantes et aimantes, et peut-être même va-t-il falloir que je leur apprenne à repasser...

Ou alors, je vais dire à mes enfants que peut-être le mieux est de devenir ce qu'elles souhaitent. Qu'elles soient heureuses et épanouies, dans un métier, un corps, des fringues, des relations qu'elles auront choisies. En toute impunité. 

Que parfois être une fille, c'est un combat, que la liberté doit essuyer des critiques et des remarques. Que parfois, il faudra être subtiles ou violentes, tendres ou radicales. Qu'elles ne se définissent pas par leur genre mais réellement par elles-mêmes: leur caractère trempé, leur sensibilité, leurs forces et leurs faiblesses. Tantôt princesses, tantôt chevaliers. Tantôt Barbie, tantôt puzzle.

Sortir nos enfants des rôles que la société veut leur faire endosser. Malgré tout, quand on est parents de deux petites filles, nous ne pouvons pas nous empêcher de les prévenir, des autres. Combien de fois déjà les petits garçons ont-ils regardé sous leur jupe? Combien de fois déjà, se sont-elles regardées dans le miroir avant de partir à l'école? Combien de fois déjà ont-elles mis mes talons pour jouer à papa et maman? 

Quel est notre rôle en tant que parent? Dire quoi à nos petites filles? Quel leur vie sera plus dangereuse que celles de leurs copains? qu'elles se cogneront au mot Réputation au lycée. Qu'un jour, on parlera de leur physique. Plus tard, elles rencontreront un homme ou une femme dont elles tomberont amoureuses. Si c'est un homme, elles devront peut-être lutter contre le patriarcat éducatif de ce dernier. Si c'est une femme, elles devront encore subir les sifflements et les regards plein de fantasmes de certains hommes. 

J'ai eu la chance d'avoir 2 frères, et d'avoir été élevée comme eux, à jouer au foot, ausi bien qu'aux poupées. J'ai eu la chance d'avoir un père qui fait le ménage tous les jours, sitôt le repas terminé. J'ai la chance d'avoir un amoureux qui gère les lessives et le ménage, autant que moi. 

Mais malgré tout, avec Balance ton porc, comme beaucoup d'autres femmes, je me suis replongée dans toute la violence du patriarcat encore existant. De la peur des balades nocturnes, des envies de courir sous les regards insistants de certains, des gifles balancées pour une main aux fesses. Des interrogations le matin devant sa garde-robe, pour ne pas renvoyer ce que l'on ne veut pas, mais avec l'envie de se faire plaisir à soi. Et le plus bruyant de tout ça, c'est ce silence que nous nous sommes toutes imposées. Ce silence, quand le soir en rentrant du lycée, on taisait à sa propre mère les insultes de filles faciles qu'on avait reçues en plein visage. Le silence assourdissant devant son mari, alors qu'un autre homme venait de nous dire que nous sommes bonnes, et que nous avons un beau petit cul dans ce jean. Le silence devant ses copines du bahut parce que notre petit copain de l'époque nous avait demandé de réaliser avec lui une expérience sexuelle pour laquelle nous n'étions pas prêtes mais que finalement nous avons fini par accepter 

Ce silence, là, ce sont nous, les filles, qui en sommes responsables. Bouffées par la culpabilité, et la peur du regard de l'autre. Aujourd'hui, nous devons nous l'imposer: parler, dire enfin ce qu'être une fille peut avoir de superbe, mais aussi parler de nos limites et de nos peurs. 

C'est ça oui, que je dirai à mes deux filles: Ne vous taisez jamais. Prenez la parole, et surtout n'ayez jamais honte d'être une fille...

Que certains silences résonnent beaucoup trop longtemps, dans nos consciences...

 

Eloïse Lebourg

 

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