sans haine et sans carte de presse...

Publié le 08 nov 2017 dans Edito

je n'y ai pas droit...pas droit au sésame de la reconnaissance éternelle: la carte de presse. Cette année, je me suis faite bouler, parce que je suis gérante de Mediacoop, et qu'ils ont estimé, là-haut, que du coup, le journalisme arrivait après...Ils n'ont rien compris, mais je ne vais même pas m'acharner...Gérante, je le suis bénévolement, mes seuls revenus sont ceux qui émanent de mon métier de journaliste...( et quelques heures à l'université en tant qu'intervenante-journaliste). Ils ne m'ont pas donné la carte presse. A moi. Qui du coup, pourrais me faire embarquer facilement lors de mes reportages désormais. J'aurais beau crier que je suis journaliste, sans carte de prese, ils ne me croiront pas...

Comment je vais faire à la Roya? 

Comment je vais faire pour mes enquêtes pour avoir accès aux palais de justice? Moi qui bosse constamment avec les lanceurs d'alerte...

Comment je vais faire pour entrer à l'Assemblée Nationale lors de débats sur le code minier? 

Devrai-je passer quelques heures en garde à vue, avant que mes associés envoient mon bulletin de salaire? 

Nous ne voulons pas du journalisme alimentaire....Nous ne nous servons pas de nos cartes de presse pour avoir l'entrée du cinéma gratuitement. Nous nous en servons, dans les moments compliqués durant lesquels, la carte presse nous permet de nous infilter, d'enquêter et d'interroger...

Mais seuls les journalistes exclusivement salariés y ont droit, pas ceux qui ont fondé leur propre média, pas certains directeurs de publication, pas les directeurs d'antenne...non, les journalistes tout courts, seulement. 

Ce qui n'est pas grave en soi: le statut de journaliste ne dépend pas de l'obtention de la carte de presse. En effet, de nombreux journalistes ne la demandent jamais. A contrario, de nombreux non-journalistes l'obtiennent, alors qu'ils sont traducteurs ou sténographes, commentateurs ou présentateurs météo! 

Mais toute cette histoire me permet de vous dire quelque chose, chose à laquelle nosu réfléchissons depuis longtemps, par ici, vers les médias libres...

 La carte de presse et plus particulièrement le statut de journaliste est une niche fiscale dont personne ne parle..car évidemment, les premiers concernés sont ceux qui détiennent le pouvoir de nous informer sur elle...35238 cartes ont été distribuées en 2017. Elle permet d'avoir plein d'entrées gratuitement: musées, cinéma,  réduction lors d'achat de voiture neuve...et plein de petits avantages. 

Mais surtout, le statut de journaliste ( sans aucune obligation d'obtention de la carte de presse, il suffit d'avoir" journaliste" notifié sur le bulletin de salaire et de dépendre de la convention collective des journalistes) permet un abattement forfaitaire de 7650 euros sur son revenu fiscal. Si vous touchez 37650 euros, vous n'en déclarez que 30 mille...

Et c'est ainsi pour les 35 238 journalistes détenteurs de la carte presse auxquels s'ajoutent les journalistes qui ne l'ont pas ( car gérant bénévole, directeur d'antenne, ou simplement parce qu'ils ne la demandent pas...)

Arrondissons  donc à quarante mille le nombre de journalistes en France, pour nous faciliter le calcul. 

L'abattement fiscal des journalistes représente 306 000 000 d'euros chaque année. 

On fait quoi avec 306 millions d'euros chaque année?  Par exemple, l'Etat a retiré 300 millions de dotations aux collectivités locales, cette année. j'imagine donc qu'on fait plein de choses pour les écoles, les rues, les stades et les gymnases. ( un beau gymnase c'est 660 mille euros, par exemple) 

le gel des salaires des fonctionnaires permet une économie de 500 millions d'euros. 

Pourtant, avec 306 millions d'euros annuels, on pourrait en payer 6375 supplémentaires, pour nos hôpitaux  ounos écoles.

Avec 300 millions par an, tu permets la prise en charge de 15 mille personnes dans le besoin ( ,hébergement et formation comprises!) 

Alors, vous l'aurez compris cette histoire de presse n'était qu'un prétexte...un prétexte pour dire à mes confrères qui passent leur temps à dire que les cheminots coûtent cher, que les hôpitaux publics sont un gouffre financier, que l'immigration nous ruine, que le RSA est un scandale, d'être professionnels jusqu'a bout: Nous, journalistes, sommes les heureux bénéficiaires d'une niche fiscale dont personne ne parle et dont personne ne veut remettre en cause l'existence, sous prétexte que ces 7650 euros d'abattement servent d'allocation " pour frais d'emploi" ( ?). 

Alors, quand certains de mes confrères, à travers leurs reportages, dénoncent les abus de chacun, le coût de telles professions, les privilèges des autres et expliquent pourquoi il faut que les salariés, les foncitonnaires, les étudiants, les chômeurs, les associations, les élus, les handicapés fournissent un effort, n'oubliez pas...d'éteindre votre télé, fermer votre journal, faire taire votre radio !

Sans haine et sans carte de presse...
 

 

Eloïse lebourg

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