"Côté policiers, il y a très vite un mur de silence"

Publié le 10 fév 2017 dans Enquêtes

" ... quelles que soient les responsabilités, côté policiers, il y a très vite un mur de silence et une communication institutionnelle disant : "On n'y est pour rien,  les jeunes on été agressifs."

L'OVPI 63 (Observatoire des Violences Policières Illégitimes) constitué au niveau local par l'ACAT (Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture) ; la CIMADE (Comité Inter Mouvements Auprès Des Évacués) ; la LDH (Ligue des Droits de l'Homme) ; le MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples) ; et le SAF (Syndicats des Avocats de France), organisait jeudi 9 février au matin une conférence de presse concernant la mort de Wissam El Yamni, suite à son interpellation par la police clermontoise.

L'OVPI a fait une étude du dossier Wissam sur une base de 180 documents. Leur démarche n'est "dirigée ni contre la police ou la gendarmerie ni contre la justice." Ils souhaitent par ailleurs "informer les citoyens et interpeller les pouvoirs publics".

C'est donc en appelant à un "strict respect du Code de déontologie de la police" que l'OVPI a commencé cette conférence.

Il y a 5 ans, Wissam El-Yamni se faisait interpeller par plusieurs policiers et frapper "sur de la musique funk" au quartier de la Gauthière. Après 9 jours dans le coma, il succombe à ses blessures et multiples fractures.

S"ensuit un récapitulatif détaillé de l'interpellation de Wissam, lors de la nuit du 1er jnvier 2012, jusqu'à son arrivée au comissariat, alors inanimé. Pour tout savoir sur les conditions de son interpellation, nous vous invitions à lire les articles de Médiapart (ici et ) et de Politis !

L'OVPI s'interroge sur la "force" d'intervention des policiers et constate que, 5 ans après, "toute la lumière n'a pas été faite à ce sujet'. L'Observatoire ajoute que la dignité du défunt n'a pas été respecté lorsqu'au commissariat, il a été laissé sans soin, déposé au sol, inanimé, pantalon baissé.

"... il est acceptable de considérer que l'intéressé n'était plus sous l'influence de la cocaïne au moment de son interpellation"

Se basant sur quelques expertises très contredites, la police estimait que Wissam El Yamni était mort suite à un arrêt cardiaque causé par la consommation de cocaïne. Toujours est-il que le taux de cocaïne relevé chez Wissam était "douze fois inférieure que le seuil de détection utilisé pour les contrôles routiers" dénonce l'OVPI. En d'autres termes, sa mort n'a pas été causée par une surconsommation démesurée de drogue; d'ailleurs, cette bataille des expertises a été relaté par les avocats de la famille de la victime lors d'une conférence de presse le 6 janvier 2017.

"5 ans après, on ne sait toujours pas combien de policiers étaient sur place"

On peut ajouter au non-professionnalisme des expertises le silence du Parquet sur "le nombre de policiers présents" lors de l'interpellation; sur le fait qu'ils se soient contrôlaient leur état d'alcoolémie "entre-eux". L'OVPI regrette en plus la disparition d'autres données : 

S'ajoute enfin l'utilisation d'une technique d'interpellation dite de "pliage", interdite en France car jugée trop dangereuse par le passé.

C'est probablement toutes ces circonstances qui ont fait que la population locale a réagit en conséquence face à cette énième épisode dans les quartiers populaires, comme le rappel une membre de l'OVPI :

Si cette affaire est comparable à beaucoup d'autres, "l'établissement de la vérité semble très difficile parce que semé d'obstacles"

Un membre de l"Observatoire se dit "inquièt" d'avoir une police, en France, qui "commet des bavures". "C'est jamais très bon pour la démocratie." conclut-il. Il poursuit en faisant le paralèlle avec ce qu'il se passe en ce moment à Aulnay, en déclarant qu'il y a une constance dans toutes les affaires de violences policières, "c'est la volonté de dissimulation. Le traitement des affaires est toujours le même !"

"Le système capitaliste impérialiste français, produit dix à quinze morts par an, dans les quartiers populaires [...] des jeunes hommes issus de la classe ouvrière, principalement noirs et arabes"

C'est ce que disait Mathieu Rigouste, sociologue, lors de la soirée en hommage à Wissam, 5 après sa mort. À ce stade, l'utilisation du mot bavure est-elle en phase avec la réalité des faits?

Un membre de l'OVPI s'indigne : "La police est toujours couverte de façon systématique. C'est pas tolérable !" Il continue en dénonçant les propos du Syndicat (majoritaire) Alliance Police Nationale, qui considère que la "qualification de viol ne doit pas être retenue." au sujet de l'affaire Théo.

Enfin, l"OVPI a souhaité utiliser les média par cette conférence de presse afin de dénoncer l'enlisement judiciaire de l'affaire Wissam. Chose difficile lorsque France 3 Auvergne et France Bleu Pays d'Auvergne ne répondent pas présent. En ce qui concernce La Montagne, la journaliste sur place a fait comprendre qu'il n'y aurait probablement aucun article de fait, étant donné qu'il n'y a aucun fait d'actualité nouveau dans ce dossier.

Un membre de l'OVPI rétorque : "On estime que dans un pays démocratique les organismes de défense des droits de l'Homme ont le droit à une tribune médiatique"

 

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