Handicap : un an de grande priorité

Publié le 14 juil 2018 dans Enquêtes

Publié le 14 juillet,

Lors de sa campagne présidentielle, Emanuel Macron en a fait une priorité. Il s’est engagé à prendre des mesures concrètes pour en finir avec l’exclusion et la précarité des personnes en situation de handicap. Mediacoop est allé faire un tour auprès de quelques associations dans le secteur du handicap pour recueillir leurs ressentis après plus d’un an de priorité nationale.

Dédale de restrictions 

« Tous les jours des nouveaux coups sont portés pour les personnes handicapées, sur la question du pouvoir d’achat, de l’accessibilité, du logement, de l’emploi, de la santé, de l’aide personnelle… Ils sont victimes des décisions qui sont prises par le gouvernement actuel», entame Sandrine Raynal directrice de APF France handicap du Puy de Dôme : « On a l’impression qu’on pourrait faire des manifs toutes les semaines… »

Premier constat négatif donc pour la politique gouvernementale. Des mesures qui semblent s’être intensifiées ces derniers mois, avec un rythme intense qui complique le travail de veille des associations qui doivent suivre en parallèle le ministère du travail, de la santé et du handicap, chacun en mesure d’impacter leur condition de travail. « Les parlementaires eux-mêmes expliquent qu’ils ont du mal à suivre. C’est aussi un rythme effréné qui ne leur permet pas de pouvoir examiner des sujets dans la globalité et c’est bien dommage» constate Sandrine Raynal.

A propos du projet de loi du député Philippe Berta relative à la prestation de compensation du handicap (PCH)[1], Sandrine Raynal n’est pas encore fixée : « Je n’ai pas encore eu le temps d’examiner ce texte là… On a beaucoup mis notre attention sur la loi Elan qui passe en séance plénière au sénat le 17 juillet. » Pourtant, le projet de loi Berta est déjà passé en commission des Affaires sociales. Une séance durant laquelle le rapporteur de la loi s’appuie sur l’aval des associations pour justifier les 2 mesures de sa proposition : « (Elles) ont été unanimement saluées par les personnes que j’ai auditionnées, en particulier par les associations de soutien aux personnes en situation de handicap. »[2]

Eléonore Perise, présidente de l’association Handi’Cap, explique ce décalage : « Il y a sans doute eu un consentement de grandes associations qui ont été consultées, c’est possible. Mais nous les petites associations qui sommes sur le terrain, nous n’avons pas été consultées. Le gouvernement ne reçoit plus les petites associations comme c’était le cas avant… Ces grosses asso sont devenues comme des entreprises, elles n’ont plus toujours un rapport à la réalité comme nous l’avons… »

Pirouette et Communication

« On nous parle d’inclusion mais ils réduisent tout ce qui nous permet de vivre en autonomie… » partage Odile Maurin.  Dans une capsule vidéo, la présidente de l’association Handi-social argumente en quelques minutes sa critique de la loi Elan[3].

Comme beaucoup, Odile Maurin accuse des effets d’annonces et un décalage entre un discours et des actes. Emilie Bouvier présidente de l’association portage et handicap, située dans le Puy-de-Dôme : « Ils font de grandes annonces comme ça le grand public a l’impression qu’ils font quelque chose. Mais pour nous, de l’intérieur, on sait que ça ne change rien. »

L‘annonce de la revalorisation de l’allocation aux adultes handicapés (la AAH) apparaît pour certains comme l’exemple type de ce genre d’opération de communication. L’augmentation de cette allocation, attribuée aux personnes qui indiquent une invalidité importante, était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Selon une étude IFOP[4], cette mesure est particulièrement appréciée des français. Pourtant, du point de vue des associations, cette avancée doit être relativisée.

L’augmentation envisagée est très maigre et étalée dans le temps. Elle atteindra si le planning est respecté, 900 euros par mois à partir de novembre 2019. L’objectif demeure donc en dessous du seuil de pauvreté… Par ailleurs, Eléonore Perise, qui siège en commission des droits et de l'autonomie (CDAPH), explique que cette légère revalorisation s’accompagne d’une sélection plus restrictive des personnes pouvant bénéficier de l’allocation : « Aujourd’hui on a de plus en plus de refus de la AAH et des gens qui perdent cette allocation.  Des gens qui ne devraient pas la perdre parce qu’ils ont des pathologies qui sont dégénératives et donc qui ne vont jamais pouvoir se soigner mais qui sont dans un état de stabilité et donc sont mis en catégorie de personnes pouvant éventuellement aller travailler. » 

Les personnes considérées comme à 80 % invalides, c’est-à-dire ne pouvant assurer seul 3 fonctions de la vie quotidienne comme par exemple manger, s’habiller ou marcher, bénéficiaient jusqu’à peu automatiquement de la AAH : « Quelqu’un qui était à 80% avait de fait droit à l’allocation. Aujourd’hui, même des personnes qui sont à 80% se voit enlever la AAH car on considère que malgré les 80%, avec des aménagements, elles pourraient retrouver un emploi. »

Travailler ensemble, décider tout seul ?

Dans l’ensemble, les mesures positives mises en place sont donc perçues comme minimes et intervenant dans un contexte de coupe globale. Elles participent à un discours sur l’amélioration des conditions de vie des personnes en situation de handicap mais ne sont pas satisfaisantes pour les acteurs du milieu associatif rencontrés. Plusieurs, malgré tout, continus de se sentir impliqués dans les processus décisionnels du gouvernement puisqu’ils sont encore écoutés. Ils s’interrogent par contre sur la valeur donnée à leur parole dans la prise de décision finale. Des réunions et des rapports qui n’en finissent pas selon Monique Rongières, présidente du Groupe Polyhandicap France : « On a beaucoup travaillé, on fait des rapports costauds, ça bouge. Mais qu’est-ce qu’il va en rester ? Qu’est-ce qui va être appliqué ? On ne sait pas…»

Quelques pistes de réponses se trouvent sans doute dans l’actualité de ces derniers jours. Plusieurs témoignages de personnes en situation de handicap ayant récemment perdu le prime à l’activité ont été médiatisés : Solange Le Goïc a été obligé de déménager (-107 euros)[5], Valérie Delugin se demande comment elle va payer ses soins (-140 euros), etc.

 

 

 

 

 

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