Grin

Grin 2017/2018

Construire une solidarité mondiale sans domination ?

 

Grin 2017/2018

Construire une solidarité mondiale sans domination ?

 

Le Grin est le nom que l'on donne au Mali à ces lieux de réunions conviviales à vocation éducative et solidaire, où l'on refait le monde autour d'un thé. Le Grin est un espace de causerie symboliquement articulé autour des trois thés du grin traditionnel. Le premier, amer, symbolise l’étonnement vis à vis des opinions que l'on a adoptées ; le deuxième, plus doux, le questionnement de notre relation au monde et de nos représentations ; le troisième, sucré, l’ouverture à la multiplicité des façons de penser. Les activités du Grin sont construites autour de ces trois thés. Le Grin se fait aussi grain de sable : il ne s’agit pas de se complaire dans des certitudes mais de les mettre en débat. Le Grin, expérimentation sociale menée en Auvergne peut être défini comme la tentative d’une coconstruction, par le débat, de savoirs diversifiés sur la solidarité internationale. Précisons que l’enjeu du Grin n’est pas de proposer une méthode pour opérationnaliser une forme unique de solidarité mais bien de tenter de construire l’horizon possible d’une solidarité internationale démocratique. Cette solidarité démocratique portée par le Grin est abordée dans sa dimension réciprocitaire, dépassant ainsi une pensée coloniale et philanthropique, et s’inscrivant dans un horizon pluriversel :

Reciprocitaire. La solidarité réciprocitaire est entendue au sens d’une relation d’égalité, de complémentarité et d’interdépendance volontaire (Polanyi, 1944). Elle est axée sur l’entraide mutuelle autant que sur l’expression revendicative, relevant de l’auto-organisation des acteurs et du mouvement social (Laville et Cattani, 2005). Elle s’oppose à une relation philanthropique ou caritative qui, en ne respectant pas la triple obligation du don (Mauss, 1924) - donner, recevoir, rendre - serait source de domination.

Décoloniale. La solidarité, en étant décoloniale, va à contre-courant d’un ensemble de hiérarchies propres à la colonialité (Quijano, 1994 ; Grosfoguel, 2006). Ces hiérarchies sont raciales, sexuelles, pédagogiques et s’enchevêtrent pour former un système-monde (Wallerstein, 2008). En étant intériorisées et transmises, elles participeraient à la structuration de nos façons de percevoir le monde. La colonialité est la conséquence logique de l’universalisme : c’est parce qu’une pensée particulière (moderne) a pour dessein de s’appliquer au monde que des connaissances, considérées comme particularistes, sont niées.

Pluriverselle. La solidarité pluriverselle pourrait être cette relation définie comme « la quantité finie de toutes les particularités du monde sans en oublier une seule […] c’est notre manière à nous tous d’où que nous venions d’aller vers l’autre et d’essayer de se changer en échangeant avec l’autre sans se perdre ni se dénaturer » ( Glissant, 2004). Ce pluriversalisme est permis par un dialogue entre tous les peuples, impliquant une traduction interculturelle pour faire émerger les particularités de chacun ainsi que les points communs.

Le fil conducteur des activités 2017-2018 du Grin est un questionnement sur la construction d’une solidarité mondiale sans domination via trois activités :

  • des recherches documentaires et des réflexions auxquelles tout un chacun peut participer (contribution physique lors d’ateliers et numérique via Médiacoop)
  • une émission radio bimensuelle (entretiens avec des penseurs et des acteurs) diffusée sur radio Campus et podcastée, valorisée et débattue sur Médiacoop
  • la réalisation de supports permettant de mettre en scène et en sens les traces des savoirs construits au sein d’événements « partage des savoirs », organisés avec le pôle Auvergne de l’Institut des Sciences de la Communication CNRS / Paris-Sorbonne / UPMC, mis en ligne, valorisés et débattus sur Mediacoop.

La collaboration du Grin et de Médiacoop est à deux niveaux. Le premier est l’archivage, la valorisation, la diffusion des contenus ainsi que leur mise en débat « numérique ». Le deuxième est de faciliter la contribution citoyenne à la construction des différents savoirs. En effet, tout l’enjeu du Grin est de croiser les savoirs issus de la recherche, du vécu et de la pratique.

Retour sur le Festival des Solidarités

Mediacoop et l'association KODON s'associent dans le but de réaliser un travail de recherches, pendant un an, autour de la notion de "solidarité" avec cette question comme fil conducteur :