Nicolas Bonnet " j'ai mal à la démocratie"

Publié le 12 juil 2017 dans Politique

Nicolas Bonnet a été candidat aux législatives, sur la 3eme circonscription de Clermont-ferrand, sous l’étiquette Europe Ecologie Les Verts, avec le soutien du PS. Il revient sur  cette campagne, donne son analyse de la politique actuelle et se raconte à Mediacoop. 

Nicolas est né à Clermont-Ferrand, en 1981, et a vécu à Issoire jusqu’à sa sortie du lycée. Sa mère est inspectrice des impôts, son père ingénieur en électronique. Ses parents se séparent lorsqu’il a 2 ans. Il reste avec sa mère, une militante écolo. « Elle a été candidate à différentes élections, notamment aux municipales. C’est sûr, je lui dois mon éveil à la politique et à l’écologie. Aujourd’hui, c’est marrant, c’est moi le plus radical des deux. » Son père est plus modéré. « J’imagine qu’il doit être Marcheur aujourd’hui...» Nicolas a une enfance plutôt chouette, proche de ses grands-parents, entouré de 3 demi frères et sœurs. « Je suis plutôt bon élève. J’ai mon bac avec mention mais je ne sais pas du tout ce que je veux faire dans ma vie. Je sais juste que je suis plutôt scientifique, j’aime bien les maths. » Direction classes de prépas à Blaise pascal. A cette époque, Nicolas se considère comme un geek. « Je suis fan de Star Wars, et des jeux de cartes de stratégie. Je pars même aux championnats du monde aux Etats-Unis. » Nicolas n’en est pas pour autant un sauvage. Il a sa bande de potes et parvient à garder l’équilibre entre sa passion et sa vie sociale « bon, il faut être clair, je ne suis pas le plus festif. Je suis plutôt du genre réservé et à être celui qui conduit la voiture en fin de soirée ! » Cet univers de Dragon Ball ou Nicky Larson ne le dévie pas des études. Il intègre l’école d’ingénieur ISIMA de Clermont-ferrand pour devenir informaticien. «  Je ne suis pas encore dans la politique. J’écoute les débats, je suis écœuré des petites phrases sur les uns et les autres. Cette politique-là me frustre un peu, je préfère les discussions de fond. Je vote vert, sûrement influencé par ma mère. » A cette époque, Nicolas dit se «  dégeekiser». Il part faire ses 6 mois de stage de fin d’études à Paris pour Air France. Mais Nicolas est amoureux, et veut rentrer à Clermont-Ferrand, rejoindre sa copine. Il se lance donc dans un DEA Productique et en parallèle cherche un boulot. « Là, j’ai beau y croire, je me rends compte que je ne suis pas motivé pour  faire une thèse et que je ne vais pas trouver de travail sur Clermont ». Nicolas retourne donc sur Paris. Il rentre tous les week-ends. A cette époque, il est très conscientisé, se renseigne sur Greenpeace mais ne s’engage pas. En 2006, il revient travailler à Clermont-Ferrand comme prestataire pour Michelin.

« C’est vrai que c’est là que tout commence. Je me rends compte qu’en Auvergne, j’ai beaucoup plus de temps. A Paris, je ne faisais que travailler. Je vais donc voir Les Verts. Bon, il faut être honnête, les militants ont presque tous l’âge de ma mère. Je suis un peu le jeune qui arrive. Je m’engage donc dans le groupe Puy-De-Dôme. » Nicolas sera sur une place non éligible sur la liste des municipales de 2008.En 2009, Les Verts co-fondent Europe Ecologie. « En 2010, c’est difficile à gérer car on s’ouvre de façon trop anarchique.  Plein de gens arrivent et certains uniquement pour être élus tout de suite.» Nicolas va aussi aiguiser sa conscience politique et ses connaissances grâce aux conférences organisées par les Amis des Temps des Cerises de Clermont-ferrand, en militant au groupe local Greenpeace, en adhérant à Vélo-Cité, en participant aux actions d’ATTAC… « A travers mes différents engagements, je rencontre plein de gens. Après le sommet de Copenhague en 2009, je participe aussi au collectif Urgence Climatique Justice Sociale.. On organise 2 forums sociaux, sorte de précurseurs du forum Alternatidômes… »

Nicolas se présente aux Cantonales face notamment à  Michèle Andrée ( PS). « Début 2011, ma motivation pour le militantisme politique se fatigue, je n’ai pas envie de faire campagne. En plus je viens de subir une rupture de cœur douloureuse. Je n’arrive donc pas à m’investir dans la campagne. Et là, je fais 17% » Nicolas en tire sa première leçon politique : « il faut se détendre et ne pas être dans le militantisme sacrificiel. Il faut arrêter de culpabiliser les militants qui n’en feraient jamais assez et les faire fuir, l’important est que chacun fasse ce qu’il s’engage à faire. Pour les cantonales, on a fait 2 fois le marché, une belle photo au parc Montjuzet et une réunion publique un soir de tempête à laquelle on n’a eu personne. » Après une petite période de retrait, Nicolas accepte le poste de secrétaire régional d’EELV, en juin 2011. Fin août, les journées d’été d’EELV se passent à…Clermont-Ferrand, avec la présence d’Eva Joly. « Là, c’est hyper stimulant. Nous avons une grosse réunion en juillet à Nantes. Puis les journées d’été se déroulent super bien, 2000 écologistes envahissent la ville. C’était une réussite. Ça m’a reboosté. En plus, je rencontre une fille pendant ces journées ! » Nicolas, remotivé, prépare les présidentielles avec la candidature Eva Joly. Europe Ecologie Les Verts, passe aussi un accord programmatique et électoral pour les législatives avec le Parti Socialiste, débouchant notamment sur des candidatures communes dans certaines circonscriptions. « Je suis plutôt d’accord avec cette idée, tant que la proportionnelle ne sera pas mise en place. Et puis, nous avons conclu le programme avec l’équipe de Martine Aubry. Quand Hollande est désigné, j’avoue que c’est plus chaud, notamment sur la question du nucléaire. Mais le but c’est de battre Sarkozy ! Et à un moment, il faut essayer de travailler avec le pouvoir.» Nicolas l’assure, dans le parti, au vu de sa petite taille, on ne voit que très peu de désaccords idéologiques, mais les désaccords stratégiques sont beaucoup plus présents. Les militants se déchirent sur l’idée de compromission. En 2012, Hollande gagne. « J’ai vite déchanté. Sur sa négociation avec l’Europe, il échoue mais je n’en attendais pas grand-chose…, par contre je décroche vu sa politique économique trop aveuglement libérale (CICE), et son abandon de la taxe poids lourds, alors que un camion use 10 mille fois plus les routes qu’une voiture. ». Il défend aussi Cécile Duflot, alors ministre du logement, avec fougue, car, selon lui « c’est important de mettre les mains dans le cambouis. Mais, ses projets de lois préparés ont été ratiboisés. » Nicolas s’est rendu au ministère la rencontrer. Il est déçu quand elle quitte le gouvernement « on perd les leviers d’action, mais je peux comprendre qu’elle en ait eu marre de soutenir ce gouvernement. » D’ailleurs, ces deux « stratégies » divisent le parti: Certains se sentent plus proches du PS et veulent intégrer le pouvoir en place. D'autres se rapprochent du parti de JL Mélenchon et refutent l'idée de collaborer avec les socialistes.

D’ailleurs, lors des départementales de 2015, localement, Europe Ecologie s’alliera avec le PG, Ensemble et le PC. Aux régionales, ni PS, ni PC, ce sera uniquement avec le PG et Ensemble.

Mais, dès 2014, Nicolas sera élu aux municipales, aux côtés d’Olivier Bianchi, grâce à une alliance avec le PS, il devient adjoint au développement durable, eau et assainissement. Nicolas se rend compte du fonctionnement de l'exercice. « On peut enfin mettre en pratique et on se rend compte aussi des contraintes. » Nicolas veut développer les pistes cyclables, mais les budgets sont trop faibles. « Il faut revoir la circulation dans sa globalité et ce n’est pas la priorité de la municipalité. Je trouve aussi que nous ne développons pas assez de budget sur la transition énergétique. La politique c’est un combat constant. Parfois, tu es obligé de lâcher le morceau » Malgré tout, depuis 2014, le zéro phyto a été mis en place pour l’entretien des espaces publics. Des actions de sensibilisations à l’environnement avec des apiculteurs ont été mises en place. Deux réseaux de chaleur biomasse à La Gauthière et à Croix Neyrat/Champratel/Les Vergnes ont été mis en place,Nicolas assure le suivi et le développement d’un nouveau sur le plateau Saint-Jacques (pour raccorder notamment le CHU, le campus de Cézeaux, des bailleurs sociaux, etc). Ces réseaux d’eau chaude permettent de fournir de l’énergie renouvelable à de nombreux habitants. Nicolas parle aussi du travail d’isolation réalisée sur les bâtiments municipaux, et l’arrivée d’une part importante de Bio dans les cantines clermontoises.

En 2017, l’arrivée de Macron n’étonne pas Nicolas « C’est un produit du marketing politique. Il a eu la légitimité des électeurs. Mais pour moi, être beau et jeune n’est pas un vecteur de réussite. J’attends son projet. » Nicolas lui reconnaît une avancée « nous sommes sortis de l’opposition stérile Gauche/Droite. Le PS prétendait être contre presque tout ce que l’UMP/LR/la Droite avait mis en place et une fois au pouvoir il ne défaisait presque rien… et inversement avec l’UMP/LR/la Droite." 

Quant à Nicolas Hulot, « Il n’a pas de lien avec  EELV depuis qu’il a perdu en 2011 les primaires des écologistes, notamment à cause d’EDF dans sa fondation . Ce mec s’est fait sa conscience écologiste petit à petit. Il a commencé à être anti-nucléaire avec Fukushima en 2011. Désormais ministre, il faut lui laisser une chance , et on verra ce qu’il arrivera à faire… »

Nicolas s’agace contre le discours sur le lobbying. «Il faut arrêter de trouver des excuses aux élus qui seraient « contrôlés » par les lobbyistes. In fine, ils sont libres de leur choix, même si des industriels (ou des ONG) essaient de les influencer. S’ils ne sont pas d’accord, ils peuvent le dire et l’assumer. On verra comment Hulot se positionnera par rapport à EDF et donc au nucléaire. Le politique est responsable de ses choix.»

Pour les législatives de 2017, Nicolas ( Bonnet, pas Hulot!)  sera candidat sur la 3eme circonscription du Puy-de-Dôme, sur laquelle la députée sortante était une écologiste, Danielle Auroi . « Mon investiture s’est faite au dernier moment, le lendemain du 2eme tour des présidentielles. J’ai fait équipe avec Laura-Marie Chaussade, jeune socialiste clermontoise. » La campagne sera rapide. France 3 Auvergne n’a pas le temps d’organiser un débat sur la 3eme circonscription. « J’ai croisé la candidate en Marche, une ancienne élue au Conseil Régional de PACA, et surtout une proche de Wauquiez. Pour moi c’est une suiviste, qui n’est pas politisée. Elle a été écolo, puis proche du PS, puis au Modem, dans l’équipe de Wauquiez, et désormais En Marche/avec Macron. Elle a juste dit qu’elle prendrait les bonnes idées de droite et de gauche, bref les « bonnes » décisions…Mais  c’est la mort du débat politique que de penser qu’il n’y a qu’une bonne décision. » Nicolas n’est pas surpris qu’elle ait gagné les législatives, tout comme «  Macron qui avait déjà 20% d’intention de votes, alors qu’il n’avait pas encore de programme, s’il en a eu un jour, d’ailleurs… »

Nicolas se dit un peu frustré de la vie politique actuelle : « j’ai mal à la démocratie, les gens se dépolitisent. Quand tu gagnes tous les pouvoirs avec à peine plus de 20% au 1er tour de la présidentielle, ça veut dire quelque chose sur la société entière. Et la diversité des opinions du peuple est mal représentée à l’Assemblée Nationale. Regarde, pas un seul député écologiste. Dans les médias, on n’assiste plus à des débats d’idées mais plutôt à des commentaires de sondage. On ne parle quasi jamais du fond… »

Nicolas, s’il avait le pouvoir, ferait une réforme fiscale. «  Pas plus, mais mieux, plus redistributive, on a trop de niches fiscales… » Il encouragerait les « comportements écologiques vertueux »  et se battrait pour la cohésion sociale: « on parvient à inventer des guerres entre pauvres.» Et puis, Nicolas est très attiré par le Revenu Universel. « Mal vendu par Hamon, il n’a pas pu convaincre, au final juste un effet d’annonce. »  Nicolas est intarissable sur le sujet. Et sur tant d’autres. Comme le vrai passionné politique qu’il est…L’interview aura, d'ailleurs, duré plus de 3 heures…


 

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