Frank , syndicaliste CGT et libertaire:"ils ne me feront pas croire que l'alternative n'existe pas..."

Publié le 23 jan 2018 dans Portraits

Lors de nos diverses projections de Sur la route d'Exarcheia, nous rencontrons souvent des résistants de tous poils. Ils viennent découvrir notre film et parfois sont partie prenante dans l'organisation de nos soirées débat. A Bordeaux, début janvier, nous avons rencontré Frank, syndicaliste CGT et libertaire. Portrait. 

 

Du plus loin qu'il se souvienne, Frank a ressenti sa première injustice lorsque son père se fait licencier pour avoir refusé un poste. " J'étais au collège, et mon père qui ouvrait sa gueule a refusé de se soumettre, je l'ai vu regretter son insoumission alors qu'il avait raison de se rebeller. Voir mes parents galérer a été certainement un facteur déclenchant à mon envie de combattre cette société." 

Frank obtient son bac, en 1997, puis se dirige sans conviction en fac de Droit et Eco. Il y rencontre Coco, celui qui deviendra un vrai ami et qui est gagné par les idées anarchistes. " Ses grands-parents ont quitté l'Espagne et il avait évoqué avec moi, plusieurs fois, la révolution espagnole de 36. Il m'a permis de me conforter dans mes idées et de me conscientiser. " Même si encore à cette époque, Frank n'estime pas être très politisé, et plutôt timide, il achète le monde libertaire. Après l'université " avec un cursus qui ne te donne pas de travail", il collectionne les petits boulots. " Je rencontre un gars, syndiqué à la CNT, qui bossait à la DDE, il lisait le "Combat Syndicaliste" et me l'a filé. Cette autre rencontre m'a marqué. " Frank traîne, avec ses potes dans les concerts de musique politisée. 

Il finit par décrocher un CDI à la CARSAT, en 2004. Ne lui reste plus qu'un pas à franchir avant de se syndiquer. Chose aisée après un mouvement de grève en 2006, contre la mise en place d'une plateforme téléphonique. "J'étais un peu mis en avant à ce moment-là, ça me révoltait. On voulait nous faire bosser sur une plateforme téléphonique alors qu'on n'avait pas été recrutés pour ça...Du coup, les gens me disaient de faire attention que j'étais dans le viseur, qu'il fallait pour me protéger, que je me syndique." En 2006, il prend donc sa première carte. Frank n'aime pourtant pas trop l'idée de l'appartenance. Même les élections ne lui disent rien qui vaille. Pourtant, il vote la plupart du temps et seulement au premier tour. " En 2002, lors de mes premières élections, je vote Arlette Laguillier, et j'ai bien fait, elle est la seule à ne pas avoir appelé à voter Chirac au 2eme tour. Et ensuite, j'ai toujours voté pour le représentant de ma classe sociale, de la classe ouvrière. Le dernier représentant du NPA même si je ne suis pas membre de son parti, me correspond. Et Philippe Poutou est un camarade de CGT Ford, avec lequel, je descends battre le pavé, et qui lors des dernières présidentielles a remis l'ouvrier à son honneur." 

Frank a vu sa mère se faire licencier à plusieurs reprises et devoir accepté des petits boulots pour subvenir au besoin de la famille. Depuis, il n'a de cesse de dénoncer le système capitaliste, toujours plus injuste. " Le capitalisme ne profite qu'à une minorité. Ca me révolte. Voir mes parents galérer pendant que d'autres se pavanaient m'a mis en colère. Et cette colère, je l'ai constamment en moi. Même si je ne suis pas dans un discours de " tous pourris", je pense que la responsabilité incombe aux patrons, aux actionnaires, aux politiciens professionnels et à tous ceux qui exploitent." 

Pour ce natif de Gironde, il est incompréhensible de voir des gens dormir dehors d'un côté et des appartements vides au bord de l'océan, de l'autre. " Nous sommes  dans un système qui marche sur la tête. Et je trouve que la prise de conscience met du temps à arriver."

Frank croit en l'éducation populaire, chère à son syndicat. " Instruire pour révolter" comme le disait le syndicaliste et anarchiste Fernand Pelloutier. " Nous sommes désormais une minorité consciente, les salariés, les étudiants, mais évidemment certains sont dans la désillusion, d'autres croient encore à la force électorale, au sauveur suprême. Mais un bulletin de vote, ça ne suffit pas, au contraire ce n'est pas la solution!" 

Frank n'est pas dupe, certaines défaites ont épuisé certains de ses camarades. " Quand on prend en pleine gueule la réforme des retraites de 2003 puis 2010, qu'on subit les trahisons syndicales, je comprends que certains désespèrent. Et depuis l'avénement de Macron, on est au creux de la vague, personne ne l'aime, il fait pire que tous concernant nos droits acquis depuis un siècle. On sent la morosité. Hier, nous étions avec une avocate qui nous annonçait une pluie de licenciements depuis quelques mois, avec la loi travail. Désormais, il est compliqué de mobiliser." 

Malgré tout, et pour toujours, Frank y croit: " Il faut continuer, agir à la base, se rencontrer. Il faut se fédérer. Nous avons tous des revendications différentes mais une base commune: nous voulons tuer ce système. Il faut réunir tous les acteurs sociaux. Nous pouvons vivre sans le pouvoir, pour les intérêts communs et non pas pour quelques particuliers. Nous devons lutter contre la destruction de la planète. Et nous savons que lorsque le capitalisme est en crise, arrive le fascisme. Après 5 ans de Macron, c'est ce qui arrivera. Le FN en 2022. Alors tant qu'il est encore temps, il faut agir. Nous le savons tous, le nerf de la guerre c'est l'argent. Il faut faire des grèves, des blocages économiques. Révolutionner le système."

Et puis Frank est devenu père. " La naissance de mon fils m'a encore plus donné la rage de me battre. Je ne veux pas laisser cette société à mon gosse. Parfois, le matin, je pars bosser en ressassant les reculs qu'on subit sur les retraites, les contrats précaires, et je ne veux pas que mon fils vive là-dedans. Ca me révolte, ça me pousse à ne pas lâcher..." 

 

Si on lui demande comment serait sa société idéale, il ne réfléchit pas longtemps:" Une société en harmonie, sans aucune forme d'oppression religieuse et politique, dans laquelle chacun peut vivre pour le bien de tous. On ne me fera pas croire qu'il n'existe pas une alternative bienheureuse à cette société qu'on nous impose..." 

 

Eloïse Lebourg

 

 

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