Immersion en coutellerie : “C’est comme pour la bouffe, on est dans le local et dans l’éthique”.

Publié le 12 juin 2018 dans Portraits

Publié le 12 juin,

Visite à l’Antretoise, une nouvelle société coopérative qui s’est établie très récemment dans le centre de Clermont-Ferrand. Leur spécialité : la fabrication artisanale de couteaux. Détails avec Thibaut, coutelier et communicant.

Ils ont travaillé ensemble avant. Dans une entreprise de coutellerie à Thiers qui n’existe plus aujourd’hui. Elle est tombée en faillite. De cette première expérience professionnelle, ils se souviennent d’une ambiance lourde, d’une organisation archaïque et des conditions de travail d’un autre temps : « Pour moi, c’était Germinal. Les ateliers sales, n’étaient ni assez chauffés en hiver, ni aérés en été. Pour ma part, j’ai parfois travaillé dans des conditions très dures. » Ils se sont dit qu’ils étaient assez grands et avaient accumulé assez d’expériences pour pouvoir ré inventer leur travail. Voilà comment, leur projet de Scop voit le jour en mars 2018.

Thibaut est chargé de communication de la jeune Scop. Lorsque j’arrive, il me propose de commencer par un petit tour du propriétaire. Cette première étape, nous prendra presque 2 heures. C’est que Thibaut est bavard et c’est surtout, qu’ils ont beaucoup de projets chez Antretoise.

Un étal type bijouterie devant une grande vitre donnant sur la rue pour exposer dans un « cadre cosy » les matériaux à vendre, et puis… pleins de recoins inattendus : « Ici il y aura une plaque avec les noms de toutes les personnes qui ont participé à notre financement participatif, ici un cadre avec la liste de nos fournisseurs et là, le bureau d’expédition. » Derrière une porte blindée, anciennement le bâtiment servait de banque, se cache la pièce maîtresse : l’atelier. Là où les couteaux sont travaillés à partir de bases plus ou moins élaborées en fonction des modèles. L’ergonomie du lieu est travaillée dans les moindres détails pour développer des conditions de travail saines. Dans ces 95 mètres carrés, chaque coutelier dispose d’un espace personnel qu’il a pu adapter à ses préférences : « Cette table est plus basse pour Agnès… ici, il a voulu arrondir les coins… » Germinal a laissé des traces…

Un souci poussé jusque dans l’assise des artisans… Après s’être fait faire une nouvelle coupe l’un des coopérateurs a eu une étincelle. Des tabourets de coiffeurs font désormais office de sièges de bureaux : « C’est top pour se déplacer facilement et c’est super confortable » explique Thibaut en roulant un siège vers lui.

Des détails au service d’une qualité qui a un coût. Les couteaux de table sont vendus à partir de 40 euros l’unité et les prix peuvent grimper très vite : « Pour le salon de Paris qui s’adresse à des professionnels ou collectionneurs on s’est mis un plafond à 1000 euros. » explique Gaël, qui nous rejoint pendant sa pause midi. Mais pas de panique pour les petites bourses, l’équipe a pensé à tout. Ils envisagent un système de paiement par mensualité pour les couteaux couteux, entendre à partir de 600 euros la pièce.

La Scop réalise des couteaux mais pas seulement : « Nous voulons être un lieu de vie » explique Thibaut. Parmi leurs multiples projets, ils prévoient l’organisation d’ateliers pour initier les particuliers à l’affutage et l’entretien des couteaux : « Ce qu’on veut c’est intéresser les gens à ce qu’ils ont chez eux et faire en sorte qu’ils se réhabituent à s’occuper de leurs objets et qu’ils en prennent soin. Ils peuvent venir avec n’importe quel couteau… Un Ikea c’est bon ! » Pour la Scop, ce type d’activité est bénéfique car elle constitue un instrument de communication à moindre coût : « C’est un petit investissement et les gens parlent de nous. C’est du Win-Win. » Une logique révélatrice de la philosophie du projet. Thibaut et sa bande n’ont pas prétention à révolutionner ni le monde du couteau, ni celui du travail, et préfèrent se considérer comme des innovateurs : « On est dans le soft power, on exploite les codes des grandes entreprises notamment en termes de communication mais avec de l’éthique et un intérêt particulier pour la qualité du produit. »

Des idées plein la tête, ces passionnés prévoient aussi de réaliser des Masterclasses et soirées thématiques : « Par exemple on pourrait imaginer, à 16 heures un atelier pour apprendre à faire un couteau et ensuite à 18 heures, un concours de lancer de couteaux !»  En attendant l’ouverture officielle du lieu prévue en septembre, il ne reste plus qu’à aiguiser nos lames.

Gwendoline Rovai

 

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