Christophe Pierrel:" Ils votent FN et ils vous emmerdent"

Publié le 12 jan 2018 dans Reportages

Christophe Pierrel a l'allure d'une jeune premier, le CV aussi. Mais après un passage de 5 ans par l'Elysée,en 2016, il retourne chez lui, à Gap, et prend conscience que le pouvoir est totalement déconnecté de la réalité du terrain. Il décide alors de sillonner la France à la recherche des raisons qui poussent les français à voter Front National. Il en a écrit un livre " ils votent FN et vous emmerdent". De passage à Clermont-Ferrand, il nous raconte son expérience. 

 

"J'ai repris ma vie normale à Gap". Pour ce jeune militant socialiste, proche du président normal, justement, le retour aux sources est d'autant plus violent que de nouveaux adhérents du FN sont pour certains issus de son parti. Christophe comprend alors que ce vote est celui de la colère, mais que tous ces citoyens ont des profils totalement différents les uns des autres. " On ne peut pas faire le profil type de l'électeur FN, ce qui nous arrangerait...Mais trop de raisons poussent les gens à voter pour Marine Lepen." 

Cependant, ils ont tout de même des points communs ces électeurs: ils se sentent abandonnés et incompris par le pouvoir mis en place, ils rejettent en bloc l'union européenne et l'Europe en général. Jusque là, ils pourraient alors voter JL Mélenchon, non? " Non, car s'ajoute à cela, la "crise" des migrants, et sont dans une vision très individualiste et pas du tout solidaire." Christophe raconte cette rencontre en plein milieu du Cantal avec Aïcha, arrivée en France, voilà à peine 20 ans et qui ne veut pas des étrangers sur le territoire français. "Elle estimait que tout le monde ne pouvait avoir une part du gâteau." 

Parmi les électeurs, beaucoup vivent en milieu rural. La majorité même. Les agriculteurs ne sont pas en reste, épuisés par tant de travail si mal considéré et si mal payés..." Ils ont perdu leur dignité car le peu d'argent qu'ils ont, ils ne l'ont même pas grâce à leurs ventes, mais plutôt grâce aux subventions...c'est très dur pour eux..." 

Ce qui inquiète d'autant plus l'auteur, c'est cette résignation, cette légitimité à voter Lepen." En 2002, nous étions tous dans le rue, en 2017, on n'a rien dit... Sarkozy, Wauquiez ont des discours qui démocratisent cette parole, même Manuel Valls qui passe un été à nous rabâcher la polémique du burkini joue le jeu du FN. Nous sommes témoins d'un glissement sémantique. " On doit reconnaître alors ici la responsbilité des médias qui ne parlent plus de fond, n'organisent plus de vrai débat. " Les élus sont désormais connus pour leurs problèmes judiciaires, mais pas pour leurs idées. Et quand en face, on est en pleine crise médiatique, à savoir celui qui fera le plus de buzz, on assiste à une élection spectacle...Mais le citoyen aussi est responsable, il se désintéresse des élections, il vote une étiquette sans jamais avoir lu le programme...En même temps, le pouvoir politique n'est plus crédible...et nous assistons à une véritable défiance vis-à-vis des experts, des médias...et du pouvoir en général. Même les maîtresses d'école sont remises en cause par les parents..."

Christophe commence son livre ainsi, en racontant cette anecdote déroulée à Lens. Alors qu'il demande au hasard des recontres " Vous allez voter quoi?" il entend " Ben Marine, comme tout le monde..." et vous faites quoi dans la vie? " Ben chômeur comme tout le monde..." Mais quand lui doit se présenter et assumer le fait d'avoir travaillé à l'Elysée pour F. Hollande, l'autre se lève en lui balançant un " va te faire foutre..." Comme une explication concrète de la détestation du pouvoir en place...

Pour Christophe, ce glissement vers des électeurs de plus en plus nombreux vers l'extrême droite représente un danger: " L'extrême-droite est un régime totalitaire. En France, le fait que le président soit le chef des armées est tout de même flippant..." Si Marine Lepen et comparses s'appuient sur la crise et le sentiment d'abandon, ils en profitent pour créer encore plus de fracture en dénonçant les erreurs des pouvoirs en place... " On assiste à une véritable fracture territoriale, les 19 mille communes dans lesquelles le FN  arrive en tête sont rurales! Et en même temps, ce sont ces territoires que les différents pouvoirs en place délaissent: plus de transport, plus de poste, plus de service public...Et ce n'est pas Macron qui va changer les choses: il fait la politique attendue par son électorat constitués de bien-pensants urbains..." 

 

Eloïse Lebourg

 

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