Expulsion à Notre Dame des Landes, Camille témoigne de la violence

Publié le 09 avr 2018 dans Reportages

Publié le 09 avril 2018,

Depuis ce matin, nous sommes en contact avec Camille, une zadiste en direct de Bellevue, une partie encore épargnée par l’expulsion qui a débutée au milieu de la nuit de la Zone à défendre de Notre Dame des Landes. Elle témoigne pour Mediacoop de l'évolution des activités des forces de l’ordre et appelle à tous types de soutiens.

C’est en lisant un journal mainstream qu’ils ont appris la confirmation du début de l’expulsion hier soir à l’heure du repas. L’action a commencé pendant la nuit vers 3 heures. Dès ce matin selon Camille, la police est intervenue avec 18 camions bâchés, chacun remplit d’une trentaine d'hommes. Elle a commencé par l'expulsion de la partie est de la zone protégée et en particulier des alentours de la LD 281, route significative. « C’est un symbole, et c’est un endroit où il y a eu le plus de heurts par le passé » cependant, Camille tient à préciser, « Il faut rappeler que à la base cette route n’a pas été fermée par nous. Elle a été fermée par l’état en 2013. La LD281, est un prétexte et on le sait depuis le début »

Selon Camille, il n’y a pas que des policiers qui sont intervenus ce matin. « Il y a aussi des entreprises dont le logo a été caché qui arrivent sur la zone. On ne sait pas trop si c’est du tertiaire, s’ils sont là pour démonter des cabanes ou évacuer tout de suite le matériel pour nous empêcher de reconstruire derrière

Camille se trouve dans une zone encore calme en cette fin de journée mais, elle est en contact direct avec des habitants de l’est où les expulsions et démolitions sont en cours. Elle explique que la police ne présente aucun document de la prefecture et force les occupants à quitter les lieux en encerclant les espaces. Un passage en force, qu'elle dénonce "Fatalement, tu es obligé de sortir au bout d'un moment parce que tu es en train de suffoquer". Elle cite l'exemple des Cent Noms, un lieu " qui a proposé un projet agricole qui n'a reçu aucun retour..." . Depuis l'heure du midi, cette ferme qui a donc montré la volonté de s'inscrire dans un projet officiel, cristalisait le combat. Après l'avoir encerclée, la police a dû démentaler une chaîne humaine formée autour du bâtiment et déloger des zadistes qui étaient grimpés sur le toit. Malgré la résistance, la hangard a été détruit en milieu d'après-midi.

Elle ajoute, « On a des amis qui arrivent et qui ont encore de la lacrymogène sur eux. On entend beaucoup les déflagrations et ce qui fait le plus peur se sont les bombes à désencerclement. On dirait qu'il y a la guerre à quelques kilomètres et ça n’arrête pas...»  Elle évoque le décès de Rémi Fraisse en 2014. « C’est quand même ça qui a tué Remi, il ne faut pas l’oublier. Je trouve ça fou qu’on soit encore des années plus tard à utiliser des bombes à désencerclement. » Si elle en ignore le nombre exact, elle assure également qu’il y a déjà eu des arrestations et des blessés dont au moins un cas grave « Il y a déjà quelqu’un qui a été blessé au flash Ball et qui a un décollement de la rétine. » 

Camille ignore la suite des opérations et elle ne sait pas si l'expulsion de Bellevue, l'endroit où elle se trouve, est à l'ordre du jour. Les seules informations qu'elle reçoit viennent de certains journalistes sur place, qui eux-mêmes glânent ce qu'ils peuvent au près des autorités. En attendant, elle doit règler des questions d'organisation à court terme très pratiques "Je dois trouver comment faire à manger pour 40 personnes ce soir..."

Enfin, elle appelle aux démonstrations de solidarités. « La force vient autant de l’extérieur que de l’intérieur. On a besoin de sentir que ça suit de l’extérieur. Recevoir des messages ça fait du bien. » 

« On invite toujours les gens à venir. On a besoin de soutien humain. C’est la loi du nombre. Pour les gens qui ne peuvent pas venir, il y a les 80 rassemblements qui sont organisés par tous les comités de soutiens dans toute la France. » Des rassemblements de soutien sont notamment prévus à 18 et 19 heures à Rennes, Angers, Lille, Paris, Brest, Toulouse, Marseille et Quimper. A Clermont-Ferrand le rendez-vous est donné à 18 heures devant la préfecture! (https://www.facebook.com/events/236365003769667/)

Elle ajoute, que des aides matérielles sont également nécessaires, notamment des vêtements pour se protéger de la pluie. « Il nous manque des chaussettes, des bottes, des cirés, tout ce qui peut nous servir pour nous protéger de la pluie. » Les dons de nourriture sont également les bienvenus et peuvent être apportés à La Rolandière ou à Bellevue accessible par les petites routes.

Ce midi, la préfète Nicole Klein de Notre Dame des Landes, s'est montrée inflexible et a rappelé que "le mode d'action ne changera pas: expulsion puis démolition". L'intention du gouvernement a quant à elle, été rapellée dès ce matin par le Minsitre de l'intérieur Gérard Collomb "Nous maintiendrons, tant qu'il sera necessaire, des forces de l'ordre pour qu'il n'yait pas de nouvelle occupation". L'objectif final annoncé est d'expulser et de détruire près de la moitié des habitations, soit 40 lieux ce qui représente 100 personnes.

A l'heure actuelle, on dénombre déjà une série de hauts lieux du site qui ont été détruits ou vidés; Lama Fâché (cabane, tour chapiteau), Youpi youpi, Jessy James, Planchettes (côté ouest de la D281) et Planchouettes (côté est). Camille est désemparée "On perd beaucoup de lieux en peu de temps..." En fin d'après-midi, ce sont la Chèvrerie et la Grée qui sont en cours d'expulsion.

Toutes les informations en direct sur l’évolution de la situation sont sur le site de la Zad

https://zad.nadir.org

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