Marcher pour rendre visibles les pollutions invisibles

Publié le 07 juin 2018 dans Reportages

Publié le 7 juin,

Depuis Fos-sur-Mer près de Marseille, ceux qui ont décidé de s’appeler les cobayes marchent environ entre 10 et 20 kilomètres par jour pour rejoindre Paris, Strasbourg et Bruxelles. Ils traversent la France pour rendre visible des problématiques de santé environnementale. Ils dénoncent une véritable crise sanitaire et s’en prennent à un ensemble des problèmes : pesticides, médicaments, métaux lourds, malbouffe...  Ils se sont arrêtés 2 jours à Clermont-Ferrand et nous les avons suivis pour un petit bout de chemin.

Le soleil brille, la place de Jaude grouille de monde. Pas facile de retrouver des cobayes dans cette foule. Après quelques tours de la place, j’aperçois drapeau au vent une petite dizaine de marcheurs. Ils ne semblent pas fatigués, ce sont de vrais sportifs : « Bon on va boire quelque chose ? »

Bières et menthes à l’eau pour les plus sages, nous sommes assis en terrasse plein centre. Sans surprise les discussions tournent autour de problèmes écologiques. Naggia, qui suit la marche par intermittence depuis Marseille, explique ce qui la motive : « Le but c’est de faire quelque chose et de montrer au citoyen qu’on peut bouger. On peut faire des petites choses. » La marche est soutenue par une liste vertigineuse de collectifs et personnalités (http://marchedescobayes.org/les-membres-du-collectifs-et-signataires-de-lappel/) une diversité que Naggia apprécie particulièrement : « On parle d’un groupe d’associations, je ne marche pas sous un drapeau. C’est une problématique qui touche toute la population, peu importe le clivage gauche-droite. »

La problématique, c’est la préservation de notre santé menacée par la toxicité de notre environnement. Marie, infirmière de la marche, est porteuse d’un des combats d’associations de victimes à la base du mouvement. En 2017, un changement de molécule dans le Lévothyrox, un médicament pris par 3 millions de personnes en France pour soigner des problèmes de thyroïde, n’est pas signalé aux patients.  Très vite, des malades se plaignent de nombreux effets secondaires : « 2% des patients ont été impactés par le changement dans la nouvelle formule. C’est un problème d’intoxication médicamenteuse. Moi par exemple, j’ai subi de gros coups de fatigue, une prise de poids, des pertes de cheveux et des douleurs dans les membres inférieurs. » Des symptômes, qui reviennent régulièrement dans les nombreux témoignages recensés. (https://blogs.mediapart.fr/eleanor1715/blog/110218/temoignages-de-papillonsmalades-de-la-thyroide-avec-le-levothyrox-nouvelle-formule)

L’association contacte Michèle Rivasi, députée chez Europe Ecologie les Verts qui s’empare de la question comme base d’un combat plus global. Les malades de la thyroïde ne sont pas les seuls à l’avoir interpellée. Au Lévothyrox, sont jointes des questions de santé au travail, de pesticides ou encore des perturbateurs endocriniens. Le projet de la marche vérité et justice pour la santé environnementale est lancé.

Pour mettre en lumière ces problématiques, les randonneurs suivent un parcours semé d’embuches. Dans chaque zone traversée, le groupe s’arrête sur un projet, un bâtiment, un combat en lien avec la pollution environnementale. A Clermont-Ferrand, c’est l’incinérateur qui y est passé.  Sur place, des membres de l’association qui s’est opposée à sa construction ont partagé leurs inquiétudes : « Ils ont insisté sur les gros rejets d’effets de serre et les résidus toxiques comme les métaux lourds », explique un marcheur.

La soirée de mardi est conssacrée à la présentation de l’éco-orgasme par deux professionnels. Comment prendre son pied en restant éco-friendly et surtout en protégeant sa santé de l’invasion des perturbateurs endocriniens.

 Geoffrey Volat et Antoine Vernay, bénévoles à l’association Générations Cobayes.

Des draps de lit à la crème solaire, toutes les étapes de séduction envisagées se révèlent dramatiques pour la santé des futurs amoureux à cause de la composition des produits et matériaux utilisés : « Notre environnement évolue avec des substances chimiques inédites. Sur l’ensemble de ces substances, il y en a que 2% qui font l’objet d’évaluation pour voir si elles sont dangereuses », explique Geoffrey Volat. Beaucoup d’incertitude donc sur les 98% restant… D’autant plus que 2 raisons compliquent l’évaluation. « L’effet cocktail » ; c’est souvent la combinaison avec d’autres substances qui intensifie la nocivité des produits. Mais aussi, le manque de recul puisque c’est en général après des années d’expositions que des maladies se manifestent.

Mercredi, le groupe se retrouve au centre Jean Richepin. Sébastien Barles, coordinateur de la marche rapelle l'objectif final de l'action:« L’idée c’est de remettre un cahier de doléances ». Le cahier se construit au fil du parcours et des rencontres. Cet après-midi, c’est sur la santé au travail que portait la réflexion avec l’intervention de Josette Roudaire, ancienne ouvrière de l’usine Amisol, manufacture de l’amiante à Clermont-Ferrand. Elle porte depuis longtemps, le combat des victimes de l’amiante sur leur lieu de travail : « Ça matérialise le degré d’une civilisation. Chez nous, on peut tuer derrière les portes des usines. » Un constat sans appel des dégâts provoqués par une substance qu’on retrouve partout : « Dans toutes les boîtes où sa travaillait à chaud, il y avait de l’amiante… Mais aussi dans tous les prés fabriqués comme dans les écoles … » Quelles mesures envisager pour rétablir un climat propice à un univers de travail sain ? Sébastien Barles propose la reconnaissance de crime industriel et l’inversion de la charge de la preuve qui en découle : « Ce serait à l’industriel et non plus à la victime de prouver l’innocuité du produit. » Un changement de cadre qui libérerait les collectifs de victimes.

Les marcheurs sont repartis ce jeudi matin direction le site de la méga coopérative Limagrain et une rencontre avec 2 faucheurs d’OGM. Leurs destinations finales : Paris, Strasbourg et Bruxelles pour porter leurs revendications au plus haut niveau. « Et pourquoi pas l’année prochaine, faire une marche européenne ! » prospecte déjà Sébastien Barles.

 

Gwendoline Rovai

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