NDDL: Camille témoigne après 5 jours au coeur de la zone à défendre

Publié le 13 avr 2018 dans Reportages

Publié le 13 avril,

En milieu de soirée, nous avons pu contacter Camille.  Depuis 5 jours, elle nous livre son témoignage en direct de l’intérieur de la zone à défendre de Notre-Dames-des-Landes. Elle se trouve à Bellevue, une zone en bordure des combats qui est devenue un point de relai pour beaucoup de zadistes.

Depuis ce midi, la situation s’est calmée sur la Zone à Défendre de Notre-Dame-des-Landes. Les personnes présentes sur le site profitent de cette parenthèse pour reprendre leur souffle. « C’était une journée un peu moins stressante. On commence à réaliser ce qui nous arrive. Ça a fait du bien à tout le monde »

Cependant, Camille relativise rapidement. L’accalmie des affrontements de cette après-midi, n’offre qu’un très maigre apaisement. Elle décrit une accumulation, très difficile à gérer. « C’est un ensemble, mais pour moi, c’était la matinée de trop. Ce qu’on vit ce sont des scènes de guerre, ce qu’on voit ce sont des blessés de guerre et pourtant ça n’est pas un mot qu’on devrait utiliser ici. Je ne comprends pas qu’on en soit là et que ça puisse continuer. »

Camille est toujours à Bellevue. Dans ce lieu qui se construit comme une petite bulle d’air, l’affluence ne cesse d’augmenter, Camille et ses partenaires sont débordés. « Il y a beaucoup de monde qui arrivent ici, on est assailli. Fin de matinée, on a encore recueilli beaucoup de blessés ». Le ferme reste un lieu préservé où les gens peuvent se reposer. « Il y a beaucoup de personnes qui passent par ici et qui n’ont plus rien. Ils n’ont plus de maison, ni d’affaire, elles sont souvent parties dans les décombres. »

Au fur et à mesure de l’avancement de l’opération, le lieu s’adapte aux besoins qui se font ressentir. « On a ouvert une cellule psychologique à la ferme en plus d’un point médical. Il ne s’agit plus seulement de soigner les blessures mais aussi, de recueillir des témoignages. C’est dur d’entendre certaines histoires. »

« Il y a des personnes « aides » qui ont une petite étiquette et qui sont identifiées comme ayant une oreille et une écoute bienveillante pour les gens qui ont besoin de parler. Ils n’ont pas arrêté de la journée… »

Elle évoque le témoignage d’un garçon qui a été gravement blessé hier. Elle explique qu’il a été en partie soigné à l’hôpital de Nantes puis, relâché sans aucune précaution. « Il a reçu des éclats de grenade de la tête aux pieds. Je crois qu’en tout, il avait une cinquantaine d’éclats mais, l’hôpital ne lui en a retirés que 18 puis, l’a mis dehors. Il n’avait pas de chaussure, mais des sacs-poubelle aux pieds et il est revenu à pied à la ZAD en étant vraiment pas bien. Pendant un moment, il était muet, en un état de choc »

Cette histoire touche particulièrement Camille « On jette les gens dehors sans se soucier de comment ils vont rentrer. Ils sont sans téléphone, sans argent et avec des blessures graves. »

Pendant notre échange, Camille est interrompue par un enfant qui va se coucher et tient à lui dire bonne nuit. Les enfants sont assez nombreux sur la ZAD mais pour éviter les traumatismes, la plupart ont été évacués. « Il y a pas mal d’enfants sur la ZAD mais la majorité sont partis sur d’autres lieux à l’écart. Même s’il n’y a pas d’affrontement ici, c’est compliqué avec toute cette atmosphère autour. Les gens sont à bout de nerfs, ils craquent, pleurent ou se mettent en colère facilement. Il y a des moments où c’est très électrique »

Aujourd’hui, Emmanuel Macron et Edouard Philippe se sont déplacés sur la ZAD. Camille me reprend. Précisément, ils ont survolé la ZAD... « On a su qu’ils étaient au-dessus de nous cette aprèm en hélico ». Elle entend les propositions faites par le gouvernement et madame Klein mais, n’y adhère pas. « Il était question d’ouvrir des négociations. Mais là, elle nous réimpose quelque chose d’autre. » La proposition de dialogue de madame la préfète de Loire-Atlantique se résume en effet à un formulaire simplifié à remplir avant le 23 avril, soit dans 10 jours. Un faux dialogue selon Camille.

Demain, un grand rassemblement de soutien est prévu à Nantes. « On espère qu’il y aura beaucoup de monde et que les gens vont répondre présent. J’ai su qu’un peu partout il y avait pas mal d’actions. »

En attendant, Camille espère, « Et puis surtout, on croise les doigts pour que les affrontements ne reprennent pas ».

Gwendoline Rovai

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