A Notre Dame des Landes, Camille témoigne: l'expulsion a repris ce matin à l'aube

Publié le 10 avr 2018 dans Reportages

Publié le 10 avril 2018,

Deuxième jour d’intervention à Notre Dame des Landes. L’opération musclée de démantèlement de la zone à défendre qui a commencée hier au milieu de la nuit a repris ce matin à 4 heures. Mediacoop est toujours en contact avec Camille, une zadiste située à Bellevue, qui témoigne heure après heure de sa perception de l’évolution des opérations.

Camille fait état de la situation depuis le début de la matinée. A 7h30 déjà, elle annoncait :« un des blindés attaque la barricade en feu au niveau des Vraies Rouges ».  Par la suite, les démonstrations de force se sont multipliées. Camille témoigne de l’utilisation de « grenades assourdissantes et gaz lacrymogène à foison » mais aussi, de drones qui survolent la zone d’action.

Ce matin, un lieu comme la Chèvrerie, était entouré de centaines de policiers. Les forces de l'ordre ont tenté de faire descendre des résistants postés sur le toit. Pour éloigner les zadistes mobilisés, ils n’ont pas hésité à utiliser des « Tirs de flashball sans sommation, gaz et grenades de désencerclement ».

Camille nous parle également d’au moins une arrestation mais aussi, de plusieurs blessés graves. Un zadiste a été "tabassé par des policiers et emmené à l'hôpital, dans un camion gm, sans passer par la case pompiers. " Il est maintenant sorti de l'hôpital avec une main cassée. Aucune charge n'a par contre été retenue contre lui. Une autre personne a été gravement blessée au pied par une grenade et a également été hospitalisée.

Elle relate aussi la censure dont elle est témointe, « Ils empêchent les journalistes d’approcher pour éviter tout scandale, nous avons besoin des médias ».

Les lieux ciblés, quant à eux, continuent de se multiplier, Boîte noire, Chèvrerie, la Noue Non Plus, les Vraies Rouges, etc.

Comme hier, Camille appelle à l’aide et aux démonstrations de solidarité. Chaque signe de soutien renforce le mouvement d'opposition « Des messages de soutien arrivent d’un petit peu partout, merci, ça nous donne de la force» 

Hier soir, comme dans plusieurs villes de France, un rassemblement s'est tenu à Clermont-Ferrand devant la préfecture. Une trentaine de personnes se sont réunies pour marquer leur soutien. Jacky, membre d'Attac et d'Alternatiba explique pourquoi il est important d'être solidaire avec les occupants de la ZAD. "C'est une intervention complétement disproportionnée, puisqu'il y avait des discussions qui étaient en cours avec la préfecture. Ils avaient dit qu'ils laisseraient du temps aux gens pour s'organiser et présenter des projets. Mais, derrière ce discours d'ouverture, c'est tout à fait le contraire qui se passe. Ils ont pris d'assaut les Cent Noms qui est un lieu occupé depuis plusieurs années et où il y a de l'agriculture et un tas d'expériences qui sont menées. Ils ont arrêté toutes les personnes qui étaient là. Ces personnes étaient restées car, elles ne croyaient pas être menacées puisqu'elles faisaient partie de projets en cours". Il conclu, "Leur discours c'est du baratin, ils ne veulent pas qu'il y ai des projets alternatifs".

Une critique partagée par des représentants du projet agricole des Cent Noms qui se sont exprimés aujourd'hui à 14 heures, lors d'une conférence de presse à la Rolandière. Ils reprochent l'hypocrisie de la préfète de Notre Dame des Landes, Nicole Klein qui dit vouloir un dialogue mais n'envisage que des projets agricoles individuels.

Demain à 13 heures, les zadistes organisent un pique-nique géant sur le camp des cheveux blancs. "Nous appelons à un grand pique-nique de protestation face aux expulsions et démolitions en cours sur la zad de lieux de vie et projets agricoles ou autres." Ils invitent à la mobilisation "Tous ces espaces sont menacés de destruction depuis deux jours, comme pleins d’autres lieux de la zad qu’il est encore temps de sauver. Il faut que César 2 s’arrête. Regroupons-nous !"

Ce soir, Camille est fatiguée, "On a eu très peu d'accalmie sur la journée..." Elle n'a dormi que 3 heures la nuit passée et la journée n'est pas finie "On entend encore des détonations qui viennent de l'est. Vers 20h30, il restait encore des camions à eau et un char au Vraie Rouge". Pendant notre conversation, un peu avant 21 heures, des bruits de grenades perturbent l'échange.

La journée d'aujourd'hui a été plus violente qu'hier "Au niveau des moyens utilisés, la quantité de gaz lacrymogène est vraiment hallucinante. Aujourd'hui, on a eu 4 ou 5 fois plus de grenades qu'hier."

Face à cette violence, selon Camille, l'arme primée par les zadistes reste la résistance pacifique. Ils utilisent leur corps pour se défendre "faire des chaînes humaines, grimper sur les toîts, s'assoir par terre et s'enchaîner par les bras,... se serrer très fort et faire bloque."

Malgré la fatigue, Camille reste déterminée "On est prêt à rester beaucoup plus".

Comme hier soir, le mouvement de résistance a tenu une assemblée générale ce soir à 20 heures. L'occasion de faire le bilan, de se transmettre des informations mais aussi, de remotiver ceux qui ont eu des moments difficiles durant la journée. Hier, ils étaient environ 150 présents à la réunion et les membres de la ferme des Cents Noms, détruite dans la journée, ont partagés leur expérience avec tous.

Pour plus d'informations sur l'évolution de la situation et l'organisation du regroupement demain midi, https://zad.nadir.org/spip.php?article5344

 

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