Plan étudiants

Publié le 08 Mar 2018 dans Reportages

Publié le 08 mars 2018,

Ce mardi soir LieU’topie, association étudiante culturelle et solidaire, accueillait l’Union Nationale des Etudiants de France de Clermont-Ferrand pour parler du Plan étudiants. Un projet présenté par le gouvernement en octobre dernier qui fait débat.

Fin de l’année, Edouard Philippe, Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal présentaient le Plan étudiants, résultat d’un travail de concertation de trois mois entre les différents secteurs concernés. Objectifs du projet, assurer un meilleur accompagnement des étudiants du lycée vers l’université et augmenter la réussite dans l’enseignement supérieur. Une meilleure orientation d’abord, puis un meilleur accompagnement avec, également dans un souci d’un système plus juste, la volonté d’en finir avec la logique de tirage au sort qui prévalait jusqu’à présent. Un plan très ambitieux, puisque comme l’exprime la ministre de l’enseignement supérieur lors de la présentation d’octobre, « Le plan a pour ambition d’accomplir enfin la démocratisation de notre enseignement supérieur en accompagnant tous les étudiants dans leur diversité vers la réussite » !

Mardi soir pourtant, les étudiants de l’Unef, exprimaient leur scepticisme quant à l’adéquation des mesures prévues aux objectifs annoncés. Le but énoncé de la soirée était de construire une critique argumentée et de chercher ensemble des réponses et alternatives concrètes aux points soulevés. Parmi les craintes exprimées voici un aperçu des plus saillantes.

Dans un souci d’assurer une meilleure orientation, le plan étudiants prévoit que le titulaire de classe de lycée partage un avis avec les universités sélectionnées dans les vœux du futur étudiant. En cas de filières en tension, les facultés pourront, en partie, se baser sur cette information qualitative pour accepter ou refuser un élève. L’avis n’est plus uniquement conçu comme un outil permettant d’aider l’élève dans sa prise de décision personnelle comme c’était le cas avant lorsqu’il était partagé en conseil de classe. Il devient désormais un instrument de sélection, déterminé par l’appréciation du professeur, qui ouvre ou ferme des portes. Certains s’offusquent de l’entrave faite à leur liberté de choix mais aussi du rôle potentiellement déterminant donné à cet avis dénonçant la vision parfois très limitée d’un titulaire sur ses élèves, « Les profs au lycée ne me connaissaient pas, ils ne connaissaient pas mes goûts ».

L’avis, premier instrument de sélection mis en place pour compenser la disparition du tirage au sort, est complété par une deuxième forme de sélection, la demande de prérequis pour certaines filières. Si un prérequis, comme l’avis, n’interviendra qu’à titre indicatif, il n’en demeurera pas moins un critère de distinction entre des élèves qui se présenteront devant une filière en tension et avec un profil égal par ailleurs. Un cursus en langue étrangère par exemple, pourra demander une expérience dans un échange international. À la vue du prix de ce types de prérequis, la mesure tendra à privilégier les plus aisés des candidats constituant ainsi une forme de sélection financière.

La dimension financière intervient également dans la thématique de l’accompagnement que le plan vise à améliorer. L’Unef rappelle certaines statistiques comme le fait que les étudiants qui travaillent en parallèle à leur étude, ont un taux d’échec plus élevé que la moyenne car, ils ont moins de temps à consacrer à leurs études.

https://www.inegalites.fr/Qui-sont-les-etudiants

Si le plan étudiants s’engage à investir jusqu’à 1 milliards d’euros durant le quinquennat, une zone de flou persiste quant à savoir avec précision à quels secteurs et dans quelles proportions cette somme sera affectée. A titre d’exemple, 60 000 logements sont promis mais l’échelle de leur loyer n’est pas précisée.

Nombreux autres points ont été discutés lors de la soirée. Le passage en organisation du temps d’études par modules, par exemple, fait craindre à l’Unef une personnalisation extrême des rythmes d’apprentissages, qui engendrera des déséquilibres dans la valeur des diplômes acquis. Si certains auront en effet l’occasion de suivre des « parcours d’excellences », réalisant par exemple une licence compressée sur deux ans, d’autres, devront étaler la licence, en raison de manque de temps s’ils doivent travailler à côté par exemple, et prendre 4 ans pour obtenir le même diplôme. Cette individualisation des parcours influencera par conséquent la sélection en master et par la suite dans le monde professionnel. L’Unef s’interroge également quant aux conséquences en termes de qualité de service, de coûts et d’émancipation personnelle, du passage d’un régime de mutuelle spécifique pour les étudiants (accompagné de services ciblés à la population estudiantine) à un régime général, calcé sur celui des parents.

En définitive, les trois objectifs énoncés par le gouvernement sont nuancés au regard des critiques et doutes formulés par l’Unef. Les outils proposés pour améliorer l’orientation à la sortie du Bac sont davantage perçus comme des entraves à la liberté de choix et d’investissement personnel dans son projet de vie que comme de réelles aides. Les critères de sélection proposés pour en finir avec l’injustice du système de tirage au sort semble être à la source de nouvelles injustices. Enfin, l’amélioration de la qualité de l’accompagnement durant les études demeure floue et ouvre de nouvelles questions.

Derrière ces quelques points précis de contestation, c’est la logique globale du plan qui est dénoncée par le syndicat étudiants. Une dynamique de compétitivité entre les universités et les étudiants, structurée par un système de sélection qui tend à rendre aux études universitaires un caractère de privilège et non plus de service public accessible à tous. En ce sens, la limite d’accueil est un point cardinal dans la critique adressée au Plan étudiants puisqu’elle implique nécessairement une sélection et, par conséquent, le développement de filières plus prisées que d’autres et la progressive hiérarchisation des facultés, ouvrant la voie à un système de plus en plus dualiste.

Pour davantage d’informations sur l’Unef et accéder à leur calendrier de mobilisations et activités, rendez-vous sur http://unef.fr

 

 

 

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