Procès Areva contre un militant anti-nucléaire

Publié le 05 sep 2017 dans Reportages

Le 12 septembre, un double procès se déroulera à Paris mettant en cause, un militant anti-nucléaire et un blogueur. A l'initiative: Areva. Leur délit?  pour l 'un d'avoir  participé à l'écriture d'un article collectif dénonçant les pratiques d'Areva sur un site militant, pour l'autre, d'avoir relayé cet article... Retour sur l'histoire d'un procès ...

 

Jean Revest se rappelle bien de ce coup de fil, il peut en réciter chaque détail. Il décroche sur son téléphone à un numéro inconnu. Au bout du fil, un officier de la Police Judiciaire qui lui annonce qu'Areva porte plainte contre lui pour un délit commis dans la presse. " Il cherchait à savoir si j'étais le directeur de publication du site www.coordination-antinucleaire-sudest.org. Mais nous n'avons pas de directeur de publication, nous ne sommes pas un média, nous sommes un collectif et nous écrivons nos communiqués de façon collective..." Malgré tout Jean s'informe auprès de ses camarades, il se rend compte que son nom a été retrouvé par amalgame:" je suis président d'une association qui détient un abonnement Internet. Et chez nous, tout le monde n'a pas accès au réseau, avec la " Fracture numérique", on fait des regroupements." Nous sommes en décembre 2014.

Chez lui, c'est dans le Ventoux. En zone rurale mais en plein coeur du triangle le plus nucléarisé d'Europe. Tricastin, Cadarache, Marcoule. Les 3 sites nucléaires entourent la Provence. Jean et d'autres habitants ont pris depuis plusieurs années la problématique du nucléaire à bras le corps, notamment les atteintes sanitaires et à la santé publique " et pas que sur notre région. Nous sommes très préoccupés par ce que fait Areva au Niger par exemple." Tout naturellement, un collectif d'habitants finit par créer un site Internet sur lequel, nous pouvons retrouver des articles fouillés, scientifiques sur les dangers du nucléaire. C'est sur ce sombre constat que la Coordination se positionne en faveur de la mise à l'arrêt immédiat et inconditionnel des installations atomiques. En 2014, le collectif écrit un papier sur une convention signée entre la mairie d'Avignon et Areva qui par le biais de sa fondation offre 46 mille euros à la municipalité pour offrir des visites de musée aux enfants des quartiers défavorisés " qui auront sous les yeux la propagande du bienfaiteur sponsor." . " Dans l'article on critique surtout la position des élus Europe Ecologie Les verts, qui n'ont pas voté contre ce don." 

C'est cet article, qui quelques mois plus tard, sera la raison des poursuites d'Areva contre Jean. " C'est vrai, dans cet article, nous disons formellement que Areva tue, et nous le redisons ici. Il s'agit de crime nucléaire. La radioactivité tue." Jean qui sera pointé du doigt comme directeur de publication, alors qu'il ne l'est pas, devra donc répondre le 12 septembre aux accusations d'Aréva. 

" Une bonne occasion de rappeler notre combat. Même si c'est usant, que ça dure depuis 3 ans! Je suis content de pouvoir parler de tous les morts du nucléaire, de tous les malades du cancer du sang, ou de la thyroïde, des enfants et des femmes, des européens et des africains victimes de ces sales agissements. C'est le monde à l'envers: les criminels portent plainte pour diffamation contre des citoyens qui tentent d'alerter sur le crime!" 

Jean-Jacques, l'autre accusé,lui, n'a fait que relater l'article sur son blog de Médiapart. Il encourt, avec Jean, un euro symbolique et le coût des publications de la condamnation dans 3 journaux pour une valeur de 15 mille euros, et l'article 700 ( prise en charge des frais d'avocat d'Areva.) 

La coordination anti-nucléaire du Sud-est et Jean veulent faire de ce procès une tribune sur la liberté d'expression et contre la doctrine nucléaire. Sur le dossier de fonds, le collectif anti-nucléaire s'appuie sur pas moins de 90 témoignages de victimes du nucléaire mais aussi de scientifiques, physiciens spécialisés afin de montrer " qu'il ne s'agit pas de diffamation mais de faits réels. D'autant que la plupart des documents proviennent du lobby nucléaire et de Areva lui-même. Nous allons briser le silence, et lever le voile." 

Depuis 1945, le taux de radioactivité sur la planète a doublé, le nombre de leucémies augmente de 1% chaque année en France. 300 cancers du sang ont été diagnostiqués à l'hôpital d'Avignon, l'an dernier, au coeur " du triangle de la mort". 

" Pourtant, nous sommes la seule région en France sur laquelle, il est impossible de trouver des analyses épidémiologiques des cancers. Ici, en Provence, c'est tabou. Des médecins ont même proposé de les faire de façon bénévole, l'Agence Régionale de la Santé et la Région ont refusé!" 

En France, 128 installations nucléaires de base sont répertoriées dont les 58 réacteurs nucléaires disséminés sur 19 centrales nucléaires de EDF, le reste appartenant à Areva et au CEA ( Commissariat à l'Energie Atomique) . Dernièrement, à l'ONU a été signé un accord pour le désarmement nucléaire. Seules les 5 puissances nucléaires l'ont refusé. L'Etat français vient de devenir propriétaire de la Holding d'Areva en injectant 4 milliairds 500 millions d'euros. " pour éponger les dettes, c'est tellement plus pratique que ce soit le contribuable qui paie le déficit de l'entreprise!" 

Une entreprise qui tue et pollue, et tente, pour la première fois, de faire condamner ceux qui dénoncent les risques et méfaits du nucléaire. " Nous sommes les premiers auxquels ils intentent un procès, car nous avons les arguments scientifiques pour les contrer. Ce procès c'est une façon de vouloir nous bâillonner car nous en disons trop. En ce sens, nous le prenons plutôt bien, c'est que nous dérangeons, et nous en sommes ravis" conclut Jean.  

Pour soutenir Jean Revest, pour sa relaxe et la défense de nos libertés, vous pouvez vous rendre le 12 septembre au procès d'Aréva à partir de 11H30 au palais de justice de Paris ( ile de la cité, métro Saint-Michel et Notre-Dame). L'audience est programmée à 13H30.

Pour faire un don pour la prise en charge de ses frais d'avocat: 

https://www.paypal.com/donate/?token=lXFjDjB6LdTXOoPdYgrociWlpSsA5n4_nIf...

Pour les frais d'avocat de Jean-Jacques, le Blogueur :

Voir le bouton FAIRE UN DON sur le site ABC’éditions. www.abceditions.net

Plus d'informations sur cette affaire: 

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2017/08...

Eloïse Lebourg

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Je suis effectivement le blogueur Jean-Jacques mentionné dans l'article. Je m'étonne cependant que la journaliste ne dise rien des avocats, et rien, non plus de la défense adoptée, des procédures concernant le droit de la presse. A-t-elle consulté d'autres intervenants que Jean ?...
Jean et moi ne sommes responsables que de nos propres déclarations. Je n'ai pour ma part jamais été consulté par quelque journaliste que ce soit.

Et si nous sommes effectivement antinucléaires pour de multiples raisons dont certaines tiennent à la santé et à la sécurité, à la sûreté des personnes, nous n'avons aucune animosité particulière contre AREVA, sinon que le système et son fonctionnement aboutissent à la situation morbide et mortifère que nous connaissons depuis de nombreuses décennies, bien avant AREVA, la COGEMA, etc. Il faut bien entendre que nous n'attentons à l'honneur ni à la considération de personne. Et que notre bonne foi, celle de nos informations ne saurait, elle, être mise en cause. Je voudrais que ce soit clairement dit, entendu et répercuté. Merci.

POUR LES AIDES AUX AVOCATS : Jean a le sien, et j'ai le mien. Vous savez comment aider Jean par cet article. Pour m'aider à payer les 5 000 € du mien, voir le bouton FAIRE UN DON sur le site ABC’éditions. www.abceditions.net

Je trouve l' article fort intéressant,merci à Eloïse Lebourg de son engagement pour défendre la liberté d' expression sur un sujet qui nous concerne tous. Le nucléaire met notre santé en péril chaque jour, à chaque instant , une catastrophe nucléaire peut survenir, et les mairies du Vaucluse et des départements limitrophes ne refusent pas l' argent d' Areva . Bravo aux gens courageux qui résistent par l' information des citoyens!