Réflexion collective sur le harcèlement de rue

Publié le 07 Mar 2018 dans Reportages

Publié le 07 mars 2018,

Lundi soir la Coordination des Groupes Anarchistes et Alternative Libertaire organisaient une soirée de réflexion citoyenne autour de la question du harcèlement de rue à l’université populaire et citoyenne. L’occasion de réfléchir collectivement et de recueillir les ressentis de personnes aux profils variés face à ce phénomène.

Qu’est-ce que le harcèlement de rue ? « Le harcèlement de rue ce sont les comportements adressés aux personnes dans les espaces publics et semi-publics, visant à les interpeler verbalement ou non, leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants, insultants en raison de leur sexe, de leur genre ou de leur orientation sexuelle. »  Dans sa définition, le phénomène ne vise donc pas uniquement les femmes. Aux vues des statistiques qui existent sur le sujet, force est de constater que dans les faits, ce sont malgré tout elles qui en sont les premières victimes.

Dès l’ouverture de la soirée, le décor est dressé. Les deux groupes organisateurs de l’évènement entendent lutter contre toutes formes de domination et en ce compris la domination masculine, dont le harcèlement de rue est une illustration.

Pour parler de la thématique une quinzaine de personnes, hommes et femmes, se sont déplacées. Dans la salle, décorée d’affiches illustrant des problématiques liées au harcèlement, des septuagénaires côtoient des étudiants et tout le monde partage ses points de vue. Un public mixte qui apportera des visions différentes et nuancées d’une même problématique. La logique d’éducation permanente qui guide la rencontre considère qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre ou, plus précisément, qu’il n’y a pas d’âge pour cesser de s’éduquer. Grâce à une série d’outils d’éducation populaire, la réflexion se construira collectivement autour de trois ateliers suivis systématiquement de discussions.

Un premier débat mouvant, ouvre la voie à une tentative de définition commune du harcèlement. « Est-ce qu’un homme qui aborde une femme dans la rue et lui dit qu’elle est jolie, c’est du harcèlement ? », « Est-ce qu’un petit garçon qui fait un bisou par surprise à une petite fille, c’est du harcèlement ? » Oui, non, pourquoi. Des situations expressément choisies pour leur difficulté à être tranchées et qui provoquent le débat menant à des pistes de caractérisation du phénomène.

Après ce tour de perceptions de ce que représente le harcèlement pour les uns et les autres, un deuxième atelier révèle des différences de ressentis face à des situations similaires. « Pour vous, faire du stop, ça va ou ça va pas ? », « Entendre que vous êtes suivie le soir dans la rue, ça va ou ça va pas ? » Comment vous sentez-vous lorsque vous êtes confronté à ces situations ? L’échelle va de « ça va », smiley qui sourit à « ça va pas » smiley qui ne sourit plus du tout. S’en suit à nouveau une discussion permettant de souligner les raisons souvent très différentes qui poussent parfois un homme ou une femme à se sentir mal à l’aise dans une même situation. « Moi, je me sens mal parce que j’ai peur de me faire agresser physiquement » expriment certaines femmes là où des hommes, parlent davantage de la peur de se faire dépouiller.

Enfin, pour clôturer la soirée des clés de solutions sont recherchées pour affronter au mieux des situations de harcèlement, que l’on en soit victime ou témoin. Pour appuyer cette dernière réflexion, nous lisons par petits groupes des extraits conclusifs de la bande dessinée « Les Crocodiles » mise en dessin par Thomas Mathieu. Le livre compile une série de témoignages de femmes sur leur(s) expérience(s) de harcèlement et de sexisme en général dans leur vie quotidienne.

http://projetcrocodiles.tumblr.com

Du début à la fin, la même dynamique d’ouverture guide les organisateurs. Toujours dans une recherche d’amélioration de la qualité de la réflexion collective, ils expérimentent avec nous de nouvelles manières de réfléchir ensemble. Enfin, ils insistent pour que les participants partagent leur avis et les invitent à la critique constructive des ateliers réalisés.

En fin de soirée, avec quoi repartons-nous ? Une vue plus globale et circonstanciée d’un phénomène répandu dans notre société et quelques chiffres marquants à la clé comme le fait que « 65% des Françaises ont subi le harcèlement de rue avant 15 ans » ou encore que « 100 % des utilisatrices des transports en commun en France ont été victimes au moins une fois de harcèlement sexiste ou d’agressions sexuelles ». Mais, ce qui restera également de cette soirée, c’est une expérience unique de débat avec des avis parfois très tranchés. Un système de prise de parole organisé et intelligible qui nous prouve que, à tout âge, il est permis et encore possible d’améliorer son écoute, sa prise de parole et de faire avancer sa propre réflexion. Enfin, on ne repartira pas le ventre vide puisqu’un petit apéro est prévu pour tous.

Ces rencontres citoyennes ouvertes à toutes et tous sont organisées tous les premiers lundis du mois dans les locaux de l’Université populaire et citoyenne. La prochaine soirée sera consacrée à la thématique des LGBT.

 

 

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