Solidar'auto, le garage solidaire

Publié le 02 oct 2017 dans Reportages

Un garage solidaire a ouvert ses portes début septembre à Clermont-Ferrand. Porté par l'association " secours auto 63", la structure permet aux plus démunis de bénéficier de réparation et de ventes de voitures à des prix défiants toute concurrence. Portrait. 

Jean-Christophe accueille les bras ouverts. Fier de montrer " son" garage. Une grande partie des pièces a été construite de ses propres mains. " Voilà l'accueil, ça sent encore la peinture. Mais au moins, les gens pourront attendre sereinement ici, au chaud." Puis, il entre dans les détails techniques des machines récupérées, achetées, réparées. Avec Cédric, le mécano, il s'affaire à réparer les voitures qu'on leur a données. Guy, le président, s'installe dans le bureau après avoir fait visiter le parc de voitures. "L’Association a été créée en 2016, par Caritas France  (Secours catholique du Puy-de-Dôme et du Cantal). Ils nous ont financé le projet, et l'étude de faisabilité. Une fois qu'on a pu prouver qu'il y avait besoin de mobilité, ici, vers Gerzat, nous avons recherché des financements pour l'investissement, notamment des machines. Des entreprises privées et des collectivités locales nous ont aidés. Maintenant, nous arrivons vers le plus compliqué: faire fonctionner notre structure." et pour faire tourner la boutique, pas simple, surtout lorsque l'on veut proposer les prix les plus attractifs possibles. " On compte beaucoup sur les dons de voiture. Exemple, votre voiture est en panne et ses réparations vous coûteraient trop cher. Nous, nous la reprenons gratuitement en échange d'un reçu fiscal. Vous récupérez ainsi 66% du prix de l'Argus! C'est donc aussi une bonne affaire pour le donateur." Jean-Christophe et Cédric vont ensuite la remettre en état afin de la revendre à un prix défiant toute concurrence. "Nous la revendons avec la carte grise, le contrôle technique à jour, les plaques d'immatriculation et  3 mois de garantie. "Ces véhicules sont destinés aux personnes dont le quotient familial est en-dessous de 750 euros. "Notre démarche veut démontrer que la mobilité est un acte social, elle permet le lien, l'autonomie, trouver du travail, être libre, et pouvoir aussi avoir des loisirs. C'est embêtant de chercher les clefs de la voiture le matin avant de partir, mais c'est bien plus pénible de devoir s'interroger sur l'horaire de bus pour que notre enfant ne soit pas en retard à l'école. Et, il faut faire attention, un quotient familial inférieur à 750 euros, ça ne touche pas que des gens au chômage. Beaucoup de travailleurs, aussi. Il suffit de gagner 1500 euros, avec une femme et un enfant, d'être étudiant, retraité à 1000 euros par mois,  et vous avez droit à nos tarifs de vente." La plupart des " clients" du garage sont des femmes seules avec enfants. "On se dit toujours que les pauvres ce n'est pas nous. Mais, ils sont nombreux dans le pays, de l'artisan qui ne se paie pas à l'agriculteur qui se verse 300 euros par mois, en passant par le smicard. La précarité ce n'est pas que le RSA. Selon l'Organisation Internationale du Travail, 20% de la population française est précaire, soit une personne sur cinq que vous croisez !" 

Ce sont souvent les assistantes sociales qui amènent les personnes jusqu'au garage. "L'institutionnel existe, il faut s'en servir". Les travailleurs sociaux vont pouvoir débloquer des aides pour le paiement de la voiture mais pas que. Le garage fait aussi tous genres de réparation. "N'importe qui peut nous amener sa voiture à réparer, la personne en situation de précarité bénéficiera de nos tarifs. Les autres paieront comme dans un garage normal, sauf qu'il aura contribué à la réduction de nos tarifs pour les plus démunis. C'est donc un acte citoyen et militant que de venir chez nous" 

Le téléphone sonne. Une femme s'inquiète, son assistante sociale ne lui a toujours pas répondu. Elle a besoin de faire des réparations rapidement. Guy, au téléphone, tente de la rassurer. C'est lui qui va rappeler l'assistante sociale et gérer le dossier. En raccrochant, il raconte une situation qui l'a particulièrement touché. Elle s'appelle Marie, elle est bénéficiaire de l'Allocation Handicapé, à ses 2 enfants à charge. Elle vit à Issoire. Son véhicule devient dangereux, mais elle en a besoin pour amener ses enfants à l'école et chercher un emploi. Les freins de son véhicule sont abîmés. "C'est le problème des gens précaires, ils attendent le dernier moment. Et ça revient plus cher."  Lors des réparations des freins, ils se rendent compte que les pneus sont lisses, et que la vidange aurait dû être faite depuis longtemps. Ils remettent la voiture en état pour 356 euros. Vidange, pneus et freins compris. Le CCAS prend en charge 300 euros de frais. Marie ne doit verser que 56 euros, quand elle le pourra. 

Aujourd'hui le garage a encore un peu de trésorerie, mais appelle aux dons de voitures ou d'argent. " Nous voulons vraiment que notre démarche soit suivie par les acteurs sociaux, mais aussi par les gens qui n'ont pas de problème d'argent mais veulent faire réparer leur voiture chez nous. Ils ne paieront pas plus cher et nous aideront à faire survivre notre petit garage solidaire." 

Le garage veut aussi former à l'autonomie de chacun : gonfler ses pneus soi-même, faire sa mise à niveau ...

" Il faut se rendre compte que la manque de mobilité pénalise. Tiens par exemple les bonnes affaires chez Cora, ben si tu n'as pas de coffre, tu peux pas rentrer avec tes 12 paquets de lessive au prix de 6. Moi, je crois qu'on ne peut pas changer l'histoire des gens, mais on peut les aider à faire évoluer leur avenir. L'insertion c'est penser à demain." Poursuit Guy. " Tu te rends compte que 47% des gens sont obligés de refuser un emploi ou une formation à cause d'un manque de mobilité ?

 

Eloïse Lebourg

 

 

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